Je me demande si les conditions ne sont pas réunies aujourd’hui pour voir l’éclosion, en parallèle à la Fantasy d’inspiration anglo-saxonne, d’une Fantasy française. J’entends par là une forme de littérature de l’imaginaire originale, mêlée de merveilleux, mais aussi de mythologie, de symbolisme, pourquoi pas d’humour, dans la lignée de René Barjavel ou de Pierre Gripari, pour ne citer qu’eux.

En ce qui concerne plus spécifiquement la littérature jeunesse en Fantasy, il me semble que nous sommes guettés par une asphyxie de romans “à la manière de” Harry Potter ou “Le Seigneur des anneaux”, comme nous avons constaté une avalanche de clones du “Da Vinci Code”. Ces romans peuvent être bons, voire très bons, là n’est pas la question (je songe notamment aux séries de Peggy Sue et autres par Serge Brussolo). Mais de nombreux auteurs en littérature jeunesse en Fantasy de ma connaissance trépignent car ils aimeraient développer des univers différents, orginaux, allant davantage vers l’uchronie, le steampunk, les univers parallèles ou la Fantasy historique.

Signe des temps: le Prix de la fiction française remis à Epinal aux Imaginales 2007 a primé “1794″, un roman de Pierre Bordage qui se passe sous la Révolution, mais avec de la magie. Je songe aussi aux romans de Loewenbruck.  Ces deux auteurs ne tentent-ils pas, en renouant notamment avec l’Histoire de France et en la confrontant aux règles de la Fantasy, de créer un nouveau courant? Je songe aussi aux oeuvres de mes amis Arthur Ténor et Georges Foveau.

Je pense, en fait, que la plupart des éditeurs en Fantasy françaie, à l’exception des pionniers du genre, comme l’Atalante ou Bragelonne, sont en réalité assez frileux. Ils publient ce qui marche, au risque de tuer la poule aux oeufs d’or. Il y a pourtant tellement de thèmes nouveaux à aborder en Fantasy…

Je rêve d’une nouvelle collection dans le genre, qui publierait des romans jeunesse exigeants, novateurs, poétiques, mythologiques… Des romans qui séduiraient le public grands ados et jeunes adultes par leur audace, leur qualité, leur niveau d’écriture. Des romans qui s’exporteraient dans les pays anglo-saxons. Une école nouvelle en Fantasy française.

J’en rêve. Mais j’en rêve si fort que cela risque de voir le jour plus tôt que je ne le pense. Comme le disait mon maître Ismaël Mérindol, “tout ce qui existea au préalable été rêvé”…

Qu’en pensez-vous?