“La première fois” dans ActuSf…
L'écume des jours ..., Dans la presse 8 juin 2009Je parle de mes débuts dans l’écriture sur le site d’actuSF:
http://www.actusf.com/spip/spip.php?article7615
La premiere fois d’Edouard Brasey
Actusf : Racontez-nous comment vous avez publier votre premier texte professionnel ?
Eh bien il s’agissait d’une nouvelle publiée en 1980 dans le supplément « Le Monde dimanche », disparu depuis, et dans lequel une nouvelle originale était publiée chaque semaine. Je n’ai été publié par un éditeur que plus tard, en 1987, pour un essai sur Bernard Pivot chez Ramsay, puis en 1994 pour mon premier roman, « Quand le ciel s’éclaircira », chez Plon, mais cette première nouvelle publiée marque pour moi le début de mon activité d’écrivain.
Actusf : Comment avez-vous rencontré l’éditeur ?
J’avais adressé ma nouvelle par la Poste, sans connaître le rédacteur en chef du supplément en question. J’ai été étonné et ravi d’être publié sans difficulté. J’avais ensuite fait lire ma nouvelle à Alain Robbe-Grillet, qui l’avait trouvée intéressante. Pour les éditeurs, cela a été plus compliqué et j’ai reçu des dizaines de refus avant de voir enfin mes textes publiés.
Actusf : Est-ce que cela a été difficile ?
J’écris régulièrement depuis 1971. J’ai donc mis près de dix ans pour publier ma première nouvelle et vingt ans mon premier roman (qui était peut-être le vingtième écrit). Donc, oui, globalement il est difficile d’être publié, puis encore plus difficile de trouver son public.
Actusf : De quel texte s’agissait-il ?
Ma nouvelle s’appelait « Siegfried Idyll », en hommage à Richard Wagner. Près de trente ans après, je renouvelle cet hommage en publiant ma saga romanesque « La Malédiction de l’anneau » chez Belfond, inspirée en partie de la Tétralogie de Wagner. La boucle est bouclée ! Quant à mon premier roman chez Plon, il s’agissait d’un roman historico-métaphysique qui se déroulait dans l’île de Crète lors de la Deuxième Guerre mondiale. J’aimerais le republier aujourd’hui…
Actusf : Avez-vous mis longtemps à publier ce premier récit ?
Pour la nouvelle, je l’ai écrite d’un seul jet, en appliquant un principe d’écriture oulipien : le premier paragraphe était le début d’une nouvelle de Salinger, au présent et à la première personne ; le dernier, la fin d’Au dessous du volcan, de Malcolm Lowry, au passé et à la troisième personne. Le défi était d’inventer une histoire cohérente entre les deux, qui n’avait aucun rapport avec ces deux textes d’emprunt. Pour le roman crétois, j’ai mis deux ans à l’écrire, et j’ai fait de nombreuses recherches.
Actusf : Quels souvenirs gardez-vous de cette aventure ?
Excellents dans les deux cas. Une nouvelle jaillie du néant à partir d’une contrainte littéraire assumée, et un roman accouché dans la sueur et la douleur. La grâce et la rigueur : les deux mamelles de la création littéraire.
Actusf : Quelle réaction avez-vous eu en voyant votre nom pour la première fois sur le livre, la revue ou l’anthologie concernées ?
De la fierté, bien sûr, mais aussi un sentiment d’étrangeté, comme si mon texte soudain m’échappait, et devenait celui d’un autre. Un texte que j’aurais pu, non pas écrire, mais lire comme un simple lecteur. Une sorte de dédoublement de personnalité qui fait, je crois, partie du statut d’écrivain.
Actusf : Et si c’était à refaire, vous recommenceriez les mêmes débuts ?
Oui, sans doute, même si j’aurais préféré commencer plus tôt, pour écrire et publier plus de livres ! Mais mes thématiques n’ont pas changé : l’univers des dieux et des personnages mythologiques, les héros poursuivant un idéal avec panache, l’ambiguïté de la nature humaine, qui oscille entre la bête et l’ange. Pour reprendre la citation que j’avais placée en tête de mon roman : « L’homme est une bête destinée à devenir Dieu. »
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