BLANCHE-NEIGE SUPERSTAR, mon interview pour le magazine Atmosphères de février
Dans la presse 16 février 2008Blanche-Neige superstar !
Jadis brûlée par les féministes, l’héroïne des frères Grimm n’a jamais été aussi tendance. Décryptage avec Edouard Brasey, spécialiste des contes.
[Atmosphères. Pour quelles raisons Blanche-neige inspire-t-elle toujours ?
Edouard Brasey. Contrairement à Cendrillon ou à La Belle au bois dormant, elle trouve l’occasion d’affirmer sa féminité et son « leadership » sur un groupe d’hommes « infantiles » : les sept nains, de grands enfants ! En elle, ils trouvent leur « maîtresse », qui, certes, fait la cuisine, mais les contraint à se laver et à ranger leurs affaires… N’oublions pas que, le premier soir, elle s’endort sur leurs sept petits lits, affirmant ainsi sa suprématie. Le culte du mâle dominant en prend un sacré coup !
[A. Les féministes ont pourtant vu dans ce conte un récit édifiant préparant la petite fille à son rôle d’épouse et de ménagère…
E.B. Rien à voir avec cette vision étriquée ! Blanche-Neige n’est pas une « femme au foyer » soumise, bien au contraire : elle est une géante au pays des hommes nains, une « femelle dominante » ! De plus, pleine de vie et de santé, sexy en diable (plus belle que la reine), succombant à tous les plaisirs des sens (gourmandise, coquetterie…), elle est un modèle pour la femme libérée et consommatrice d’aujourd’hui. Blanche-Neige, c’est la vie (le sang, le rouge) qui cherche à s’affranchir des neiges qui l’étouffent : sa marâtre, le chasseur qui veut l’égorger, son cercueil, les nains.
[A. Y a-t-il un parallèle avec le revival de Barbie (célébrée à la Cité de l’architecture) ?
E.B. Je la comparerais plutôt à la pin-up américaine des fifties qui redevient à la mode. Glamour, mais en même temps intouchable, candide, vierge… Une femme que l’on désire mais qu’on ne peut aborder, car elle est protégée par le cercueil de cristal, la neige ou le papier glacé des magazines ou des calendriers.
Atmosphères – février 2008
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