France Loisirs a déjà mis à son catalogue de décembre le “Traité de Vampirologie” d’Abraham Van Helsing. En janvier, il a ajouté le premier tome de “La Malédiction de l’Anneau”, “Les Chants de la Walkyrie”. Le tome suivant sera publié au second trimestre…
Le grand roman des légendes nordiques
Prix public : 20,00 €
15,95 €

Les chants de la Walkyrie, tome 1 : La malédiction de l’anneau
Édouard Brasey
496 pages
Couverture souple
Réf : 546931
Résumé
Pour avoir passé à son doigt l’anneau des Nibelungen, Odin, le dieu suprême, a précipité la malédiction. Le crépuscule des dieux est annoncé… Odin demande alors à sa fille, la Walkyrie Brunehilde, redoutable vierge guerrière, de veiller sur la lignée des humains. Elle sera soumise au destin des simples mortels : les épreuves, la souffrance, la passion…
Pourquoi on l’a choisi
Le chef-d’œuvre d’Edouard Brasey. Le maître en féerie signe ici le grand roman des légendes nordiques, celles-là même qui inspirèrent Wagner et Tolkien. Bruit et fureur, héroïsme et poésie, amour et mort nous enchaînent pour mieux nous enchanter.

Lu dans la presse
« Édouard Brasey parvient à retrouver cet accord ancien et nous le fait entendre comme une mélodie moderne. Le premier volet d’une grande histoire, qui avec la langue de ce conteur ne cessera d’interpeller les lecteurs sur son universalité… »
Science Fiction
« Édouard Brasey fait chanter les anciennes sagas nordiques, la légende des puissants Ases et des magnifiques Vanes. Un ouvrage remarquable, qui tient à la fois du récit fantastique et de la poésie lyrique. »
Valeurs actuelles
« ”Ré-enchanter le monde” : cette formule pourrait définir, mieux qu’un long discours, l’entreprise engagée ici. »
Le Monde des livres
Extrait
Prologue
Lorsqu’il était encore jeune, Odin, le dieu suprême d’Asgard, déserta quelque temps les splendeurs du séjour des Ases pour partir à la découverte des Neuf Mondes. Loki, le génie du Feu, se proposa pour lui servir de guide.
Bien qu’il vécût dans l’enceinte d’Asgard, Loki n’était pas réellement un dieu puisqu’il descendait de la race des géants. Mais ses pouvoirs magiques faisaient de lui un hôte précieux qui, bien des fois, avait rendu service aux immortels grâce à ses ruses et ses sortilèges. À la cour des Ases, il faisait tour à tour office de bouffon et de sorcier. Odin appréciait sa compagnie car il était incapable de prévoir les agissements du malin trublion. Loki osait tout, se permettait tout, et cette liberté absolue, insouciante des conséquences de ses actes, éveillait chez Odin un mélange d’admiration et d’envie. Bien qu’il fût d’un aspect aussi éclatant que le feu dont il était l’incarnation, Loki représentait la part d’ombre d’Odin, sa face cachée et secrète. Ce qu’Odin, pourtant maître de l’univers, s’interdisait, Loki n’avait aucune honte à le commettre. Aussi était-il pour l’Ase suprêm une sorte de double insolent, un autre lui-même dégagé des lourdes responsabilités qu’exigeait son rôle divin. Il était sa distraction.
Plus tard, Loki prendra une dimension moins légère. Il deviendra non la part de liberté du dieu, mais un écho de sa culpabilité. Loki se mettra alors à parler à l’intérieur de la tête du dieu, comme la voix de sa conscience. Sa mauvaise conscience empoisonnant ses pensées les plus intimes. Mais à cette époque-là, Loki était encore distinct d’Odin et sa voix sortait naturellement de sa bouche, comme cela est le cas chez tous les êtres doués d’intelligence.
Odin et Loki avaient emprunté Bifrost, le Pont de l’Arc en ciel reliant le ciel à la terre, Asgard à Midgard, le monde des dieux à celui des hommes. Ils avaient ensuite lentement remonté le cours du Rhin pour en contempler les sombres et sauvages beautés.
Ils marchaient ainsi depuis des jours lorsque, en bordure du fleuve, ils découvrirent une riante cascade où les poissons abondaient. Fatigués par leur long périple, l’Ase et son génie familier décidèrent de s’arrêter dans cet endroit enchanteur afin d’y prendre quelque repos.
Assis dans l’herbe fraîche, ils se laissaient bercer par le doux bruissement qui s’écoulait de la cascade, lorsque leur attention fut attirée par l’un de ces petits drames qu’offre la nature dans son combat constant pour la survie.
Une loutre venait d’attraper un saumon. Elle l’avait hissé sur le rivage et s’apprêtait à le dévorer en clignant les yeux de plaisir. Affleurant à la surface de l’eau, un brochet à la grosse tête lippue observait le manège.
— Une loutre ! s’était écrié Loki avec l’entrain d’un garnement. Je parie que je l’assomme du premier coup !
Avant même qu’Odin ait pu l’en empêcher, Loki avait ramassé un caillou sur la rive et le jetaitd’un geste leste en direction de l’animal, lui fracassant le crâne.
— Ah ! Ah ! Ah ! s’exclama le génie frondeur. En pleine tête !
D’un bond, Loki s’était précipité vers la loutre assommée et, tirant un long poignard effilé de son sac, entreprit de l’écorcher.
Odin le contemplait avec une moue écœurée.
— Que vas-tu faire de cette loutre, Loki ? La manger ?
Loki éclata de rire, un rire cristallin qui se confondit avec le bruit de la cascade.
— Oh, non ! Je préfère la chair du saumon à celle de la loutre ! Mais il s’agit tout de même d’une bonne prise, et qui sait contre quoi nous pourrons la troquer ? Le monde est plein de surprises !
Loki acheva de dépecer l’animal et le fourra dans son sac, avec le saumon. Puis les deux compagnons poursuivirent leur chemin, suivis du regard par le brochet qui n’avait pas bougé.
Le soir venu, ils parvinrent en vue d’une cabane en bois et décidèrent d’y demander le gîte et le couvert pour la nuit. Cette cahute était habitée par un puissant géant nommé Hreidmar, et ses trois fils, Fafnir, Regin et Otr. Mais pour l’heure, seuls les deux premiers se trouvaient près de leur père. Le cadet, Otr, n’était pas encore rentré malgré l’heure tardive.
Humant le fumet qui s’échappait de la marmite mise à mijoter dans un coin de la cabane, Loki s’écria :
— Mmmh ! La bonne odeur de soupe qui flatte nos narines ! Mais il ne sera pas dit que les hôtes d’Asgard ne participeront pas au repas qu’on leur offre. Tiens, Hreidmar, voici de quoi compléter le souper : un saumon pour nous et une loutre pour vous ! Un vrai régal pour des géants !
Au moment où le génie frivole ouvrait son sac pour en extraire son butin, le géant poussa les hauts cris.
— Malédiction ! Les Ases ont tué votre frère ! Cette loutre n’est autre que mon fils Otr !
Les géants, tout comme les nains dont ils sont des cousins éloignés, sont experts en magie et en métamorphoses animales. Maîtres des éléments de la nature, ils commandent aux vents, à la pluie, à la neige. Ils sont capables d’inverser le cours des fleuves, de faire se mouvoir les arbres au cœur de la forêt, de creuser dans la terre de profondes galeries conduisant aux trésors cachés. Et lorsqu’il s’agit de chasser ou de pêcher, ils empruntent la forme animale la plus propre à leur rendre la proie accessible. Dans les bois giboyeux, ils se font loup ou renard. Dans l’air peuplé d’oiseaux, ils sont aigle ou faucon. Dans les rivières poissonneuses, ils deviennent brochet ou loutre.
Otr, le plus jeune des fils de Hreidmar, avait pris la forme d’une loutre pour s’en aller le matin même chercher le saumon dans les eaux de la cascade où les Ases avaient fait halte. Par son geste inconsidéré, Loki avait mis brusquement fin aux jours du fils bien-aimé du géant magicien. Otr était mort, les coupables devaient payer. Hreidmar exigea le prix du sang. Tel était l’usage dans les Neuf Mondes, chez les hommes, les dieux, les nains ou les géants. Le meurtrier convaincu de son crime devait verser à la famille du défunt une certaine somme d’argent, ou des richesses dont la nature et le prix étaient fixés par les bénéficiaires. Ce n’était qu’à cette condition que les meurtriers pouvaient recouvrer leur liberté.
Hreidmar se déclarait très attaché à son fils puîné. Pour racheter sa mort, il fallait une compensation qui fût à la hauteur de la perte subie. Se tournant vers Odin, il déclara avec acrimonie :
— Vous autres, les Ases, vous croyez régenter les Neuf Mondes. Du haut de votre Asgard, vous contemplez avec mépris les peuples qui vous sont étrangers et que vous estimez inférieurs. Mais ici, vous n’êtes pas à Asgard, vous êtes chez Hreidmar, maître de ces lieux, à qui vous avez porté gravement préjudice en le privant d’un de ses fils, le soutien de sa vieillesse ! Malgré toute votre puissance, vous ne pouvez quitter cette maison sans vous acquitter de votre dette ! À moi d’en fixer le montant ; à vous de le régler. Sommes-nous bien d’accord ?
Odin ne put qu’acquiescer en grommelant. Hreidmar avait raison. Il avait beau être le maître suprême d’Asgard, le dieu devait être tenu pour responsable du moindre des actes auxquels il se trouvait associé. À cause d’une loutre assommée par cet écervelé de Loki, il pouvait demeurer à jamais le prisonnier du géant. À moins d’accepter les conditions de ce dernier, et de payer le prix du sang.
— Je t’écoute, Hreidmar. À combien estimes-tu la vie de ton fils Otr ?
Hreidmar prit le temps de la réflexion. Tout en grattant sa barbe hirsute, il contemplait le cadavre de la loutre écorchée. Sa douleur de père à qui l’on avait ôté la vie de son fils avait laissé place au calcul et à la spéculation du marchand qui cherche à négocier une affaire au mieux de ses intérêts. Tout en réfléchissant, il lançait à la dérobée des regards torves vers les deux captifs, jouissant intérieurement de leur embarras auquel il n’était guère pressé de mettre un terme.
— Eh bien… Cela mérite d’y penser à deux fois. Otr était un pêcheur hors pair, vois-tu ? Il ne se passait pas un jour sans qu’il rapporte un beau saumon ou un chapelet de truites bien grasses. Qui ira à la pêche désormais ? Fafnir est un bon chasseur mais il n’entend rien aux poissons ! Quant à Regin…
Les deux fils de Hreidmar jetèrent un regard courroucé en direction de leur père, sans oser toutefois réagir. Peu émus par le trépas de leur jeune frère, ils contemplaient le saumon apporté par Loki en se demandant quand finiraient ces morbides palabres, afin qu’ils puissent enfin souper. De leur côté, les deux compagnons bouillaient aussi d’impatience. Surtout Odin, qui avait le sang vif. S’il s’était écouté, il aurait bien écrasé son poing massif sur le crâne dégarni du géant. Mais il ne pouvait pas. Tant qu’il n’aurait pas réglé sa dette, il était le prisonnier de Hreidmar.
Ce dernier était parfaitement conscient des réactions hostiles que faisaient naître ses atermoiements, chez ses fils comme chez les dieux. Loin de s’en formaliser, il en jouait et en goûtait le sel avec un plaisir gourmand. Oublié, déjà, était Otr. Hreidmar n’avait plus en tête que les deux prises de choix qui se trouvaient en son pouvoir et le profit qu’il pouvait tirer de leur bévue.
— Oui… C’est une grande perte que celle de mon cher fils… Une très grande perte que j’estime… Voyons voir…
Soudain, l’œil du géant s’éclaira d’une lueur maligne. Comme saisi d’une brutale inspiration, Hreidmar s’écria :
— Comme prix du sang, j’exige que le cadavre de cette loutre soit rempli puis recouvert entièrement d’or ! De l’or pur, rare et précieux ! Que les entrailles de l’animal soient bourrées à craquer puis chaque pouce de sa peau enrobé de l’or le plus fin. Voici ce que je veux ! Alors, lorsqu’on n’en distinguera plus la moindre parcelle, que cette loutre qui fut mon fils sera entièrement cachée sous un manteau d’or, alors et alors seulement, la dette de sang sera réglée et les deux visiteurs importuns seront libres de quitter cette demeure !
Odin ne put s’empêcher de pousser un cri de rage. La loutre était un animal de belles proportions, et tout l’or d’Asgard n’aurait pu suffire à en recouvrir ne fût-ce que la moitié. Les voyageurs égarés n’étaient pas près de quitter la maison de l’avide géant ! Se redressant de toute sa taille, Odin se tourna vers Loki. C’était lui, le fauteur de troubles. C’était lui l’unique responsable de cette affaire aussi grotesque que fatale. C’était à lui de trouver une solution ! Loki, justement, semblait plongé dans une profonde réflexion. Il savait, lui qui n’hésitait pas à s’aventurer dans les recoins les plus obscurs de l’univers, où se trouvaient les trésors enfouis, placés sous la garde vigilante des nains industrieux, des géants redoutables ou des dragons farouches. Un fin sourire vint éclairer son visage.
— Je vois bien une solution, murmura-t-il doucement, comme s’il se parlait à lui-même. Oui, je pense savoir où se trouve de l’or en abondance telle qu’il pourra garnir et recouvrir entièrement le corps de la loutre. Mais pour cela, il faut me laisser libre d’aller le chercher…
Hreidmar ferma un œil pour, de l’autre, mieux scruter l’expression du génie rebelle. Sa réputation de ruse et de fausseté avait depuis longtemps dépassé les frontières d’Asgard, et les différents peuples répartis dans les Neuf Mondes avaient appris à se méfier de lui. Après un instant de réflexion, le géant se décida enfin :
— Soit ! Tu iras chercher l’or ! Mais l’Ase restera ici comme garant ! Si tu ne reviens pas, il regrettera d’être descendu dans notre monde, tout dieu qu’il est !
Odin jeta des regards furibonds vers Hreidmar et Loki. À la menace proférée par le géant s’ajoutait l’humiliation d’être pris en otage. De plus, il n’avait qu’une confiance relative en la loyauté de Loki. Mais il n’avait pas le choix. Si un être au monde pouvait être suffisamment roué pour s’emparer d’un trésor au détriment de son possesseur légitime, c’était bien Loki, et nul autre que lui. Aussi, le dieu suprême d’Asgard laissa-t-il son compagnon aller, plaçant son propre destin entre ses mains.
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