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 Mon interview dans Phénix.mag par Véronique de Laet:

Dites-nous quelque chose à votre propos ? Qui êtes-vous ?
Je suis écrivain spécialisé, depuis quelques années, dans le domaine du merveilleux, du légendaire, de l’Imaginaire. Dans ce domaine-là , j’ai publié notamment « l’Encyclopédie du merveilleux » qui a la grande prétention de faire le tour des créatures, des dieux, des personnages imaginaires – prétention parce qu’ils sont tellement nombreux qu’il est impossible de les réduire à quelques centaines. Je suis également romancier, car je publie notamment une tétralogie romanesque inspirée des mythologies d’origine nordique. Je suis également directeur de collection aux Pré aux clercs en ce qui concerne les romans, documents ou volumes de style fantaisiste.
Comment en êtes-vous venu à l’écriture ?
Comme souvent, c’est une passion qui remonte à l’enfance mais j’ai mis très longtemps avant de la vivre réellement. J’ai d’abord été journaliste avant de passer à l’édition ; à ce jour, j’ai publié 50 ouvrages et j’ai la chance de faire partie du petit groupe d’auteurs professionnels qui peuvent vivre de l’écriture.
Vous souvenez-vous encore de vos premiers textes ? Que sont-ils devenus ?
Oui, tout à fait, je me souviens parfaitement de mes premiers textes. C’est important les premiers textes. J’ai commencé par la poésie lorsque j’avais 17 ans. Le premier texte qui m’a satisfait était une sorte de pièce de théâtre en vers qui mettait en scène un vieil Homère aveugle et le diable qui lui proposait un pacte pour lui permettre de retrouver la vue et de voir enfin toutes les belles choses qu’il avait écrites, en échange de quoi ce dernier devait lui céder son âme. Un mythe de Faust en quelque sorte.
Comment écrivez-vous ? Est-ce une profession pour vous ? Quelles sont vos autres passions ?
Ce métier d’écrivain de l’Imaginaire est tellement prenant qu’il se confond avec ma passion, c’est-à -dire que je lis beaucoup de livres qui ont trait à ça. En dehors, j’aime beaucoup la musique baroque, la musique classique, l’opéra, le jazz et le cinéma en noir et blanc d’avant-guerre. J’aime également beaucoup les voyages. J’ai une passion ancrée pour la Grèce, d’où mon crochet par Homère ; c’est un peu mon pays de prédilection, je me sens parfois presque plus Grec que Français. La Grèce est ma « matrie » Imaginaire
Pourquoi l’écriture ? Quel est, selon vous, le rôle de l’auteur dans notre société ?
Je suis d’un âge avancé (sourire…) mais de mon temps, les écrivains étaient encore des stars comme le sont aujourd’hui les présentateurs de télévision, les sportifs ou les gens du cinéma. Etre écrivain, c’était quelque chose à l’époque, bien plus que maintenant. Je lisais Stendhal, Gide, Anatole France et autres auteurs de référence et, pour moi, c’était un rêve fou de pouvoir, un jour, raconter comme eux des histoires, avoir des lecteurs et pouvoir vivre de ma plume. Les choses ont toutefois bien changé. Je pense qu’aujourd’hui, un écrivain doit être multiforme et ne doit pas se contenter d’écrire son bouquin dans son coin et attendre qu’il suive son cours. Nous sommes à une époque où la communication est très importante et donc, l’auteur doit également faire vivre ses histoires par la voix, via des interviews, des conférences et pourquoi pas même par des adaptations au cinéma. J’aimerais bien un jour collaborer avec un metteur en scène et ainsi réaliser des films ou documentaires à partir de mes livres.
Comment passe-t-on de livres d’analyse comme « L’Effet Pivot » sur l’impact des émissions littéraires sur les ventes à un monde de féerie ?
« L’effet Pivot » ainsi que les quelques livres que j’ai faits à cette époque-là , étaient des livres d’enquête et d’investigation. J’étais journaliste, j’avais collaboré avec Bernard Pivot au magazine « Lire » et un éditeur m’avait demandé de faire un essai sur le phénomène « Apostrophes » de l’époque. C’était l’occasion, pour moi, à travers mon métier de journaliste, d’entrer dans l’édition. Puis, assez vite, je me suis rendu compte qu’il y avait tout un domaine du monde imaginaire qui attendait une relecture de type journalistique, c’est-à -dire en utilisant les méthodes de l’investigation : recherche de documents, recoupement d’informations, etc. Je me suis donc dit : Pourquoi ne pas appliquer ces méthodes, non pas aux grands sujets de société, mais plutôt à ce qui ne se voit pas, à l’invisible, à l’Imaginaire ? Je l’ai donc fait à travers mes premiers livres et j’ai continué.
C’est ce qui m’a permis de passer de l’analyse journalistique à quelque chose qui est tout aussi réel à mes yeux, l’Imaginaire.
Continuez-vous à conter ou réciter des histoires en public ? Des créations ou des récits connus ?
Non, je ne récite pas. D’ailleurs, pour moi, le conteur n’est pas un liseur ; c’est quelqu’un qui improvise, interprète à chaque fois, en fonction de son humeur, du conte et du public. Dans mes spectacles, je reprends des légendes qui existent depuis toujours, qui n’ont pas d’auteur et je me les rapproprie à ma façon, en les racontant avec mon propre style, mes propres mots. Ainsi, elles évoluent. Je me suis rendu compte, par exemple, que j’avais écrit certaines de ces légendes d’une manière totalement différente que celle utilisée dans les autres livres qui la traitaient. La manière de raconter était différente, la légende prenait ainsi une autre tournure avec les mots, les gestes, la présence. J’ai, d’ailleurs, instauré un samedi par mois, dans un petit salon de thé parisien du 5ème arrondissement de Paris, « Caramelle », des séances de contes où je raconte des histoires. Les gens viennent et écoutent mes histoires, en buvant une boisson chaude et en mangeant un gâteau. C’est une façon de créer un lien de plus avec mes lecteurs.
Le désert blanc … Y avez-vous fait une rencontre magique ?
Oui, les déserts sont magiques, surtout les déserts de sable parce qu’ils ne sont pas habités mais, en même temps, ils sont remplis de présences invisibles. Il en ressort comme une présence divine, comme le disaient les prophètes.
J’ai eu l’occasion de faire un voyage complet dans le désert où j’accompagnais des gens ; nous marchions dans le désert.
Le désert m’est proche. Quand j’ai eu 40 ans, je me suis posé des questions sur mon identité, sur mon image et là , j’ai été faire un petit tour dans le désert et j’en suis revenu avec une barbe ! (rires) Cette barbe a donc une histoire même si elle a blanchi depuis. Alors, je ne sais pas si elle me donne un surcroît de sagesse mais, en tout cas, elle est devenue une compagne proche ! (sourire)
Votre collaboration avec Sandrine Gestin a commencé comment ? Est-ce une collaboration privilégiée ?
J’ai rencontré Sandrine Gestin il y a plusieurs années, lors d’un festival du livre. A l’époque, je ne la connaissais pas et j’ai vu ses dessins qui m’ont parus très beaux. On a échangé nos coordonnées. A l’époque, elle travaillait pour Gründ et moi, je publiais des sans illustrations chez Pygmalion. Plus tard, quand Le Pré aux Clercs m’a proposé de concevoir des encyclopédies illustrées du merveilleux, j’ai spontanément pensé à Sandrine. Nous l’avons donc contactée et elle a tout de suite été d’accord pour participer au projet. Depuis, nous avons collaboré à de nombreux livres, notamment sur les divers thèmes féériques.
Vos ouvrages sont un mélange de connaissances, d’illustrations et d’humour. Le tout à un haut niveau. Vous faites comment ?
Je ne m’occupe pas des illustrations, si ce n’est en donnant mon avis ; ce travail revient à Sandrine Gestin ou à Didier Graffet, les illustrateurs de mes encyclopédies du merveilleux ou du legendaire. La maquette est réalisée par Elodie Saracco qui recherche également des illustrations anciennes.
Moi, je m’occupe du texte, ce qui n’est déjà pas mal ! Je me base sur des recherches que j’ai réalisées au fil des années et de la documentation en anglais et en français que j’ai accumulée. Le travail consiste essentiellement à faire un choix dans ce qu’il y a d’intéressant à dire, les personnages à privilégier. Dans ce travail, je fais assez souvent des citations en précisant les sources, de manière à permettre aux chercheurs ou aux « rôlistes » d’aller en bibliothèque pour en retrouver l’original et se servir des références.
Y a-t-il une légende « Edouard Brasey » qui se construit ?
Pourquoi pas ? Cela me rappelle une conversation que j’ai eue avec mon vieux complice Claude Seignolle qui va maintenant sur ses 90-91 ans et qui est, pour moi, un vrai modèle parce qu’il a été à la fois collecteur de l’Histoire dans les provinces françaises au début du 20e siècle et écrivain fantastique. Il a également publié des ouvrages de compilation de contes auxquels il a prêté sa plume. Il me disait « Brasey, ce qui compte, c’est de créer sa propre légende de son vivant ! ». Nous sommes tous porteurs d’une légende qui nous permet de changer notre regard banal en un regard enchanté. Nous sommes tous des héros de conte mais c’est notre conditionnement, nos peurs qui font que nous subissons les choses au lieu de les vivre. Nous sommes tous des marquis de Carabas avec un Chat botté qui nous accompagne, comme dans le conte de Perrault !
Il faut bousculer le raisonnable, le cartésianisme et je m’emporte un peu quand on parle de cartésianisme parce que Descartes était lui-même le moins cartésien des auteurs que l’on puisse imaginer ! Toute son œuvre a été établie à partir de trois rêves où il a été visité par un ange ! Alors, ne soyons pas plus royalistes que le roi et rêvons !
Parlez-nous de votre tétralogie « La malédiction de l’anneau ». Après « Les Chants de la Walkyrie », le second volume, « Le Sommeil du dragon » vient de paraître le 7 mai.
« La malédiction de l’anneau » est un projet que je porte depuis très longtemps. J’ai eu l’occasion d’aller à Bayreuth en 1975 et 1976, à l’époque où Pierre Boulez et Patrice Chéreau révolutionnaient la scène de l’opéra et la musique de Wagner. Je campais et dormais sous la tente, j’entrais dans la salle sans ticket, je me nourrissais vaille que vaille. J’étais un peu comme un routard de l’opéra et depuis, j’ai toujours adoré cette tétralogie « Der Ring des Nibelungen » qui s’inspire largement des Eddas nordiques et de leurs anciennes légendes. A ma connaissance, il n’y avait pas de roman qui s’inspirait fidèlement de ces légendes et c’est ce que j’ai voulu faire.
Il s’agit donc d’une tétralogie romanesque. Le premier tome, sorti en octobre, « Les chants de la Walkyrie » remonte beaucoup plus en amont que l’opéraa de Wagner et et raconte davantage l’origine des dieux et des hommes. Comment l’anneau a-t-il été maudit ? Comment les neuf mondes ont-ils été créés ? Pourquoi Odin est-il poursuivi par une malédiction ?
Le deuxième tome est sorti le 7 mai dernier. Il s’intitule « Le sommeil du dragon » et relate l’affrontement entre le héros Siegfried et le dragon Fafnir mais j’ai quelque peu reconsidéré la légende puisque Fafnir est en fait un sage qui s’attend à mourir alors que Siegfried est un héros surdoué mais, en même temps, un sale gosse insupportable qui révèle une personnalité ambiguë qui contient le mal comme le bien ; notamment dans la relation extrêmement tendue et agressive qu’il entretient avec son mentor et initiateur, Regin. Ce dernier appartient à la race des géants qui ont la connaissance chamanique. Ils sont de bons magiciens mais très lents dans leurs actions. Ils connaissent le langage des animaux, des oiseaux, savent comment se métamorphoser en animal. Siegfried a connaissance de tout cela et il se passe une sorte de choc des mondes entre l’ancien monde des géants et des dragons et le futur monde des héros et des hommes.
Trois mots reviennent souvent dans les titres de vos livres : chasseur, encyclopédie et guide. En vrai, vous êtes plus un guide, un chasseur d’infos ou un collationneur/collectionneur ?
Je pense que je correspond à un quatrième terme qui n’apparaît pas dans les titres. Je suis un ‘messager’ parce qu’en grec, « angelos », le messager a donné en français « l’ange ».
Je ne me considère pas comme quelqu’un d’angélique, il faut plutôt prendre le mot « ange » au sens que donne le pyschologue Boris Cyrulnik, qui l’oppose au « fantôme ». Il faut pouvoir choisir entre être un ange ou un fantôme. Quelle est la différence ? Le fantôme, c’est celui qui a la connaissance des secrets de famille, des choses que l’on ne doit pas divulguer, que l’on cache car elles peuvent déranger mais ces choses-là continuent à vivre dans l’inconscient.
L’ange, le messager, lui, fait le choix de révéler ce qui est caché, de mettre de la lumière dans l’ombre, même si cela le rend parfois impertinent.
A travers mes livres, j’essaie de faire la lumière, quitte à aller fouiller dans les choses cachées ou interdites ; je peux me décrire comme un « ange chasseur » ! (rires)
Être directeur de collection, c’est plus facile ou plus exigeant quand on est aussi auteur chez le même éditeur ?
Etre directeur et auteur en même temps est une chose qui n’est pas toujours facile à gérer. Quand on est auteur, on est tout seul avec son livre. Si, par exemple, le texte avance mal ou si les idées ne viennent pas, on ne peut s’en prendre qu’à soi-même. Le métier de directeur de collection consiste à accompagner un auteur pas à pas, ce qu’il faut le faire avec diplomatie parce que les auteurs ont tous un côté sensible, fragile. Il faut également leur indiquer parfois la direction à prendre, leur donner l’impulsion. Parfois, ça se passe très bien, d’autres fois, c’est un peu plus difficile et les rapports humains peuvent en pâtir. En tant que directeur de collection, j’ai eu récemment une très bonne expérience de collaboration avec Sire Cédric, auteur de « L’enfant du cimetière » qui vient de sortir. Il a écrit plusieurs versions de son texte et mon travail consistait à le guider dans son remaniement, ce qu’il devait changer, ajouter, enlever. Il a pris le temps de digérer, d’intégrer et de prendre en compte certaines de mes réflexions et je suis ravi d’avoir contribué, non à l’écriture, qui lui appartient, mais à cette démarche de rigueur que l’auteur recherchait pour son texte.

Directeur de collection, était-ce un but en soi, une consécration ou un beau hasard de la vie ?
Ce n’était pas un but en soi. C’est l’éditeur qui me l’a demandé parce qu’étant auteur de livres de fantasy, je pouvais connaître d’autres auteurs du même genre que j’avais eu l’occasion de rencontrer dans divers salons. L’éditeur m’a fait confiance en me demandant de lire des textes d’auteurs – ce que j’ai accepté, en rechignant un peu au début, parce que c’est quand même un travail supplémentaire. J’estime que c’est un rôle important parce que je m’aperçois qu’il y a, en France et dans les pays francophones limitrophes, comme la Belgique et la Suisse, d’excellents auteurs qui, étrangement, ne trouvent pas d’éditeur. J’ai la chance de rencontrer ertains d’entre eux. Il s’agit avant tout de rencontres humaines mais je suis ravi de pouvoir contribuer à les aider à faire en sorte que leurs textes voient le jour.
Quel est votre auteur d’Imaginaire préféré ?
J’ai récemment découvert un auteur du siècle dernier, Lord Dunsany, auteur de « La fille du roi des elfes ». Lorsqu’on le lit, on a vraiment le sentiment qu’on est dans un univers féerique. L’auteur décrit un royaume humain et les différences qu’il a avec le royaume des elfes, monde des elfes qui disparaît et laisse les humains désenchantés pour finalement revenir et envahir le monde des humains. C’est donc le réenchantement du monde. Hélas, je ne suis pas le roi des elfes mais j’essaie moi aussi de réenchanter le monde et ce livre-là est un livre qu’on devrait tous lire et apprendre par cœur !
Quel est votre auteur de littérature générale préféré ?
Parmi les auteurs classiques, j’ai une grande admiration pour Stendhal ou Giono parce que pour moi, ce sont des auteurs qui ont un style avant d’avoir une écriture, contrairement à Flaubert, par exemple.
Parmi les auteurs vivants, j’aime beaucoup Jean Raspail qui a un univers à lui, qui frôle parfois le fantastique. J’aime ces auteurs qui ont un univers à eux qui est aussi un univers universel.
Quel est votre roman de littérature de l’Imaginaire préféré ?
Je viens de lire un roman formidable, dont l’auteur s’appelle Fabrice Anfosso.
Le roman s’intitule « Le chemin des Fées » et est paru chez Nestiveqnen. Il se passe pendant la Première Guerre mondiale, dans l’affrontement entre les Français, les Allemands, les Irlandais, les Anglais mais également, tout le monde féerique. Il y a les orcs, les elfes, les nains qui se battent avec les humains. C’est très réussi parce qu’on n’a pas l’impression que les peuples imaginaires se mélangent naturellement avec les peuples « réels ».
Selon moi, il s’agit d’un livre de littérature générale qui aurait mérité d’être publié chez Gallimard ou d’avoir un prix Goncourt, par exemple car il va au-delà des règles du genre de la Fantasy.
Quel est votre film d’Imaginaire préféré ?
Dans le cinéma, pour moi, le meilleur film est et demeure « 2001, Odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick. John Lennon, hélas parti en 80, s’est enfermé dans la salle de cinéma à sa sortie et l’a regardé en boucle pendant une semaine.
Le fait de commencer par « Also spracht Zarathoustra » de Richard Strauss et de finir par « Le Beau Danube bleu » de Johann Strauss est une pirouette musicale géniale !
Quel est votre film hors l’imaginaire préféré ?
Un film que j’ai beaucoup apprécié est « L’aventure de Madame Muir » de Mankiewicz qui est quand même un peu dans l’Imaginaire puisqu’il parle de fantômes mais qui est avant tout une histoire d’amour. Ce que j’aime, moi, ce sont les films qui sont légèrement dans l’Imaginaire mais qui racontent une histoire humaine d’amour, de vie,…
Quel livre d’un autre auteur auriez-vous désiré avoir écrit, soit parce que vous êtes jaloux de ne pas avoir eu l’idée le premier, soit parce que vous auriez traité l’idée d’une autre manière ?
Ca m’arrive très souvent de tomber sur des livres que j’aurais aimé écrire mais en même temps, c’est tellement bien fait et c’est un tel plaisir de lire de la bonne littérature ! Alain Gerber, par exemple, est un auteur formidable ; c’est exactement ce genre de livres-là que j’aurais aimé écrire. Je pense que pour être auteur, il faut avoir un ego surdimensionné et, en même temps, être très humble en s’effaçant devant des auteurs que l’on chérit et qui sont meilleurs que nous.
Quel est votre principal trait de caractère ?
Curieux. J’aimerais y ajouter un autre trait de caractère que je mets souvent en avant, c’est l’impertinence ; j’aime bien les gens impertinents.
Qu’est-ce qui vous énerve ?
Ce qui m’énerve absolument, ce sont les gens soumis à une situation qu’ils pensent fatale. Je ne supporte pas gens qui disent : « On ne peut rien faire ». Je pense que nous devrions tous revendiquer notre statut d’être libre, notre libre arbitre ; aucune situation n’est irrémédiable et je pense que nous avons tous la capacité de nous en sortir et de réaliser les projets que nous souhaitons. Je n’aime pas les gens qui baissent les bras.
Outre l’écriture, quels sont vos hobbies ?
Me promener dans les rues, écouter de la musique, aller voir un vieux film dans un cinéma d’« art et essai », la gastronomie, le bon vin, les réunions entre amis, l’amour.

Quel est le don que vous regrettez de ne pas avoir ?
Jouer de la musique. Je pense que, plus jeune, j’aurais voulu être compositeur et chef d’orchestre, avant même d’ être écrivain.
Quel est votre rêve de bonheur ?
Mon rêve de bonheur, c’est le vivre.
Par quoi êtes-vous fasciné ?
Je suis fasciné par l’intelligence. Quand je rencontre des gens vraiment très intelligents qui ont à la fois l’intelligence du cœur et celle de l’esprit et dont chaque parole mériterait d’être notée, je suis totalement fasciné.
Vos héros dans la vie réelle ?
Je ne sais pas. Je dirais Merlin parce qu’à mon avis, il est encore dans la vie réelle. Je n’ai pas de héros dans la vie réelle parce que pour moi, les héros sont légendaires ; nous ne sommes jamais des héros ou alors nous pouvons tous le devenir.
Je pourrais citer des personnes comme l’abbé Pierre ou Mère Thérésa… , mais je préfererais citer quelqu’un auquel je pourrais m’identifier, donc je dirais Merlin.
Si vous rencontriez le génie de la lampe, quels voeux formuleriez-vous ? (3)
Je ne peux pas répondre… Je crois qu’au lieu de faire trois vœux, je dirais trois mots qui sont : « Ainsi soit-il ».
Votre vie est-elle à l’image de ce que vous espériez ?
Oui
Citez-nous 5 choses qui vous plaisent.
 Les vieux livres épuisés, aux couvertures défraîchies
 La bière belge d’abbaye
 Le vin de bordeaux (le Graves)
 Les ruelles de Paris ou de certains villages dans lesquelles la modernité reste discrète
 Les pleurs de joie
Cinq choses qui vous déplaisent
 La radio dans les restaurants et les bars
 Les retards de trains de banlieue
 Les gens qui se prennent au sérieux
 La routine
 L’absence de liberté
Last but not least une question classique : vos projets ?
L’écriture du troisième tome de « La malédiction de l’anneau » qui sortira en mars 2010. Pour la rentrée, la publication du tome 2 de « L’encyclopédie du légendaire ». D’autres projets à venirpour 2010 ; j’espère que j’aurai encore l’occasion d’en reparler avec vous !
Voici le lien pour lire l’interview en ligne:
 Une critique de “La Malédiction de l’anneau”, tome 1, sur Phénix.mag:
Odin, dieu suprême, charge sa fille, la Walkyrie Brunehilde, de sauver sa lignée humaine. Cette descendance adultère de chair est maudite par son épouse, jalouse – et pas à tort !
Brunehilde accepte la mission et descend sur terre pour vivre une expérience unique.
Elle nous raconte sa longue vie au travers de « chants ». (…)
Il s’agit bien de mettre en roman une mythologie germanique fort connue mais jamais complétée, celle qui a inspiré Wagner et sa tétralogie de « L’or du Rhin ».
Ici nous démarrons au début de l’histoire et on s’arrête à la naissance de Siegfried.
Et ainsi que nombres de spécialistes l’ont déjà relevé, on découvre que les mythologies et les contes sont reliés entre eux partout dans le monde ! Comme le verger et les pommes d’éternité de Freya qui me font penser à la pomme dans Blanche-Neige.
Au final, alors que je me demandais si j’allais ou non continuer cette lecture, je l’ai dévorée en moins de 6 jours.
Rien à redire, c’est soigné et surtout bien mis « en musique des mots », mais d’Edouard Brasey, si soigneux et amoureux de la langue, je n’attendais pas moins !
Maintenant, il faudrait presque que je réécoute Wagner… mais avec le volume 2 en main ! (Héhé, il est déjà chez moi !)
Interview ici !
Voici le lien pour lire l’article sur le site:
“Gagner la guerre (Jean-Philippe Jaworski) est le point d’orgue, après Le Commando des immortels, de Christophe Lambert, Le Grand Pays, d’Ange, L’Elfe des terres noires, de Jean-Louis Fetjaine, et La Malédiction de l’anneau, d’Edouard Brasey, d’une année particulièrement faste pour la fantasy française.”
Jacques Baudou, “Le Monde des Livres”, 16 juillet 2009
Retrouver l’intégralité de l’article ici:
http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/07/16/gagner-la-guerre-recit-du-vieux-royaume-de-jean-philippe-jaworski_1219310_3260.html
Je suis rond comme le monde. Lumineux comme le soleil. Fin et infini comme l’horizon. Incorruptible comme l’âme. Plus précieux qu’un trésor. Plus puissant que les dieux, les héros, les géants et les dragons. Refermé sur moi-même comme un serpent lové, j’incarne la roue des cycles de l’éternel retour. Je suis l’Unique, le Tout, le commencement et la fin. Je suis le maître de l’univers. Je ne suis pourtant ni un dieu, ni un héros, ni un géant, ni un dragon, et encore moins un homme. Je suis un anneau. Un anneau d’or. Mais un anneau maudit. Et à cause de cette malédiction, les neuf mondes et leurs occupants sombreront bientôt dans un crépuscule de feu. Moi seul survivrai à cette fatalité du néant. Je suis l’anneau maudit du Nibelung.
Je n’ai pas toujours eu cette forme d’anneau. Jadis, je gisais, inconscient et heureux, dans les profondeurs du Rhin aux eaux vertes et bleues. Je ne représentais qu’une infime partie du fabuleux trésor qu’abritait en ses entrailles abyssales le fleuve roi, marquant une frontière liquide et infranchissable séparant en deux continents opposés la terre de Midgard où vivent les hommes. Fragment d’or parmi l’amoncellement infini des richesses que possédait le Vieux Rhin, je n’avais pour père et mère que ce vieillard fantasque, brutal et capricieux qui était l’incarnation du fleuve. Qui était véritablement le Rhin ? Un ondin solitaire, un géant nu au corps humide recouvert d’écailles verdâtres et à la chevelure et la barbe tressées d’algues limoneuses, un monstre issu du chaos originel qui consacrait son temps à rouler inlassablement ses vagues d’écumes. Souvent, il s’endormait et alors son cours se faisait lent et tranquille. Parfois il s’éveillait, et lutinait les gracieuses ondines aux seins blancs et aux chevelures d’algues rousses qui s’égayaient dans l’eau moirée de reflets célestes, et qui étaient tout à la fois ses filles et ses amantes. Il batifolait à leur suite, les pourchassait en poussant de grands cris de fauve en rut, et les ondines s’enfuyaient en riant. Le fleuve alors moussait d’une lessive écumeuse et odorante. D’autres fois encore, le Vieux Rhin se mettait sans raison dans d’immenses colères, levant haut les bras noirs et visqueux de ses lames hautes comme des tourelles, rompant ses digues, fracassant les arbres penchés nonchalamment sur son cours. Il se calmait bientôt, et reprenait son somme interrompu. C’était un aïeul irascible et dénué de raison, ivre et fou, mais il aimait son or, et nous cajolait souvent de sa main rugueuse et palmée. C’était pour nous compter, car il prenait plaisir à mesurer l’étendue de ses richesses. Or parmi les ors, je prenais ces calculs pour des preuves d’amour.
J’ai décidé de réduire mon projet de tétralogie de “La Malédiction de l’anneau” à une trilogie.
Le troisième tome sera donc le dernier et regroupera l’histoire qui devait à l’origine se dérouler sur deux tomes. Ce qui devait se passer au cours du tome 4 se déroulait en effet très longtemps après, et les héros principaux: Siegfried, Brunehilde, etc étaient tous morts. J’ai préféré regrouper et resserrer mon texte, d’autant plus que les trilogies sont plus faciles à se prêter à des éditions dérivées (poches, clubs, compilations) que des séries longues…
Bon, la question est que j’avais déjà les titres et les couvertures illustrées par Didier Graffet des tomes 3 et 4 prévus à l’avance. Je me trouve devant un choix, et fais appel à vous, mes chers et fidèles lecteurs, pour m’aider à y procéder.
Je vous rappelle les titres des 4 tomes prévus à l’origine:
1 - Les Chants de la Walkyrie (paru)
2 - Le Sommeil du dragon (paru)
3 - Le Trésor du Rhin
4 - Le Brasier des dieux
Puisqu’il n’y a plus que trois tomes, je dois choisir le titre du 3e et dernier: “Le Trésor du Rhin” ou “Le Brasier des dieux”, sachant que le titre non choisi sera définitivement perdu.
Concernant les couvertures, je vous soumets les deux projets illustrés par Didier Graffet.
Si je retiens “Le Trésor du Rhin”, la couverture 1 s’impose. Si je choisis “La brasier des dieux”, c’est évidemment la seconde.
Mais ce n’est pas tout. Il est possible qu’ultérieurement les trois tomes soient réunis en un seul, soit un coffret, soit un gros livre regroupant les trois romans. Le titre sera uniquement “La Malédiction de l’Anneau”, et l’illustration pourrait être celle qui a été délaissée pour le tome 3. Les quatre couvertures seraient donc “sauvées”, mais un titre disparaîtrait.
Je résume donc les deux options, entre lesquelles je vous demande de m’aider à choisir:
Option 1: Tome 3: “Le Trésor du Rhin”, couverture bleue. Compilation ultérieure de l’ensemble de la trilogie sous le titre générique “La Malédiction de l’Anneau” illustrée par la couverture rouge (avec le corbeau). Dans ce cas, le titre “Le Brasier des dieux” disparaîtrait..
Option 2: Tome 3: “Le Brasier des dieux”, couverture rouge. Compilation ultérieure réunissant les trois, illustrée par la couverture bleue (avec les ondines). Dans ce cas, le titre “Le Trésor du Rhin” disparaîtrait.
La couverture la plus forte, la plus en rapport avec le cycle entier, doit à mon sens s’appliquer au projet de trilogie intégrale regroupant les trois tomes. Dans ce cas, laquelle est la plus parlante selon vous: la couverture rouge au corbeau (Photo 2), auquel cas cela milite pour l’option 1, ou la couverture bleue aux ondines (photo 1), auquel cas il vaut mieux choisir l’option 2.
Merci de répondre en commentaire de cet article: “option 1″ ou “Option 2″, ou “1″ ou “2″ (vous pouvez développer et argumenter, naturellement…). Si vous êtes suffisamment nombreux à répondre et qu’un choix clair se dégage, j’en tiendrai compte avec mon éditeur… J’espère que vous mesurez la responsabilité qui vous incombe! (lol)
Bon, pour être complet, je vous joins les deux couvertures des titres déjà parus, pour vous aider à mieux choisir en tenant compte des codes couleurs:
Voici le lien de cette interview rondement menée durant le salon du livre de Nice:
http://www.noosfere.com/icarus/articles/article.asp?numarticle=720
Yoann : Bonjour, Édouard Brasey, vous êtes écrivain, directeur de collection pour les éditions le Pré-aux-Clercs, elficologue, conteur, grand voyageur, toutes ces vocations se rejoignent-t-elles ? Avez-vous à l’avenir l’envie de mettre l’accent sur une de vos facettes en particulier ?
Édouard : Il est vrai que j’ai de nombreuses activités. En réalité cela m’évoque un conte soufi raconté dans un roman de Henri Gougaud : c’est l’homme dont la vie était inexplicable. J’aime bien cette notion là . J’ai l’impression de suivre mes désirs, mes inclinations, je n’ai aucun plan de carrière. J’ai fait vraiment de nombreuses choses dans ma vie, très différentes, très diverses, même en dehors des activités que vous avez citées. Pourtant, je n’ai pas l’impression de m’être dispersé, j’ai le sentiment qu’il existe un sens derrière tout cela, un fil directeur caché. Ce n’est pas à moi de déterminer ce que je dois faire. Au fur et à mesure, je me laisse porter par l’inspiration du moment ou l’opportunité du moment : quand j’ai envie d’écrire, j’écris, quand j’ai envie de conter, je conte. Mais toujours à travers une quête du sens qui m’est propre. Pour moi tout cela est relié. Ce que je ferai dans cinq ou dix ans je l’ignore ! Puisqu’il y a cinq ou dix ans, je n’imaginais pas que je ferai toutes les activités qui sont mon quotidien aujourd’hui. Et je pense que nous sommes tous un peu pareils : on nous met dans des petites boîtes avec des étiquettes par ce que cela rassure. Mais en réalité l’existence est inexplicable. De mon point de vue, le destin d’une vie est d’essayer d’accumuler le plus d’expériences possibles. J’admire des personnages comme Rabelais ou Pic de la Mirandole qui n’avaient pas un cercle d’activité restreint. Cela dit, la facette la plus importante à mes yeux, la plus ancienne aussi, c’est l’écriture, surtout l’écriture romanesque. Tout le reste, je dirais, gravite autour de ce centre. Alors, je peux m’écarter de l’écriture pendant plusieurs mois mais j’y reviens toujours, comme c’est le cas en ce moment. Je suis devenu conteur parce que j’écrivais des livres sur les Fées, à travers les contes je me suis intéressé à la sagesse orientale et j’ai été amené à voyager, notamment dans le désert blanc d’Egypte, tout ceci s’enchaîne de façon un peu mystérieuse. Cependant, ma vocation première demeure l’écriture romanesque.
Yoann : Vous vous êtes lancé dans une réécriture romanesque des légendes nordiques, en vous appuyant sur le travail de Richard Wagner et des écrits plus anciens. Cette trilogie intitulée La Malédiction de l’Anneau, publiée chez Belfond, est aujourd’hui au cÅ“ur de votre travail. Le tome 1 : Les Chants de la Walkyrie, Prix Merlin 2009, et le Tome 2 : Le Sommeil du Dragon, sont aujourd’hui disponibles. Vous préparez actuellement le troisième et dernier tome de la saga, Le Brasier des Dieux, qui paraîtra en avril 2010. J’ai décidé de vous poser des questions liées aux enjeux psychologiques ou philosophiques mis en scène dans votre saga très ambitieuse : la tentation est omniprésente dans votre cycle : chaque fois qu’un être se retrouve confronté à un choix qui pourrait le conduire à commettre un acte obscur, on voit Loki, le génie de la ruse, apparaître et suggérer des choses à son esprit. Ceci à tel point que l’on ne saurait dire si c’est le dieu corrupteur qui influence la décision du personnage ou si c’est le côté obscur du héros qui appelle la présence de Loki ? Quels sont les réels enjeux lorsqu’un personnage vit la tentation selon vous ?
Édouard : Loki est apparu en cours d’écriture. Je connaissais son existence bien sûr mais je ne l’avais pas utilisé comme personnage central. Au cours de la rédaction du premier tome, il m’est apparu qu’il était au fond le grand manipulateur de l’histoire, le grand tentateur justement. Pour moi, Loki, c’est l’équivalent de Satan sans l’enfer. Satan dans la Bible, c’est le manipulateur, le tentateur, l’accusateur. On appelle Loki l’accusateur des Ases. Loki est le dieu volatile semblable à mercure. Il met le grain de sable dans les rouages de la machine. Dans mes romans, Loki parle dans l’esprit des gens, il se confond avec la conscience obscure, ténébreuse, des personnages. Est-ce lui qui manipule les héros dans leur côté sombre ? Ou est-il l’émanation de leur propre inconscient ? L’intérêt de la mythologie et de la légende, c’est notamment de donner un visage à des mécanismes qui pour nous, occidentaux du 21ème siècle, demeurent du domaine du pur domaine psychologique. Il y a donc vraiment un mécanisme psychologique voire psychanalytique qui se retrouve incarné par un personnage. Pour prendre un équivalent religieux, les Pères du désert dans l’Eglise chrétienne parlaient des passions négatives incarnées par des démons : le démon de la gourmandise, le démon de la paresse, etc. Pour ces saints, ces démons avaient vraiment un visage, un nom. Le fait de les nommer, de les désigner, était déjà une façon de les apprivoiser, de les mettre à l’écart. Si je suis possédé par un démon, je suis moins coupable ! Il suffit de se débarrasser de ce démon et je suis pur. Si je me dis que je suis gourmand ou que je suis menteur, je me retrouve identifié au trait négatif. Dans le roman, Loki est un être extérieur qui manifeste le processus de tentation. Les héros ne savent plus trop si c’est eux ou si c’est Loki qui les fait agir. En même temps, s’il n’y avait pas Loki, il n’y aurait pas d’histoire car la malédiction originelle de la Saga est provoquée par les actions de ce dernier. Il joue véritablement le rôle de démiurge, plus encore qu’Odin.
Yoann : Le dieu Loki est tentateur, il peut prendre la forme d’un serpent, il est d’apparence androgyne, c’est le génie de la ruse mais aussi du feu. Peut-on établir un parallèle avec le diable de la tradition occidentale ?
Édouard : Loki est le diable au sens de celui qui divise, qui oppose, comme Satan. Le serpent associé au serpent de la Genèse est également l’animal qui mue, qui change de peau, donc qui est immortel. C’est également un symbole de sagesse (l’ouroboros). Le venin du serpent empoisonne et peut en même temps servir de remède. C’est vraiment un symbole ambigu, tout comme Loki est ambivalent. Dans le second tome, Loki intervient moins car Siegfried est un personnage suffisamment ambigu pour qu’il ait intériorisé en lui les tentations de Loki. C’est le cas aussi de Fafnir le Dragon qui par sa nature même possède ce côté double. Donc Loki est toujours présent dans le second tome comme mauvaise conscience d’Odin mais les autres personnages, devenant un peu plus complexes, intériorisent les tentations démoniaques. Cependant on sent bien que c’est toujours Loki qui tire les ficelles. Antérieur par sa naissance aux dieux Ases, Loki est un géant. Il a engendré des êtres monstrueux tels que le loup Fenrir et il participera lors du crépuscule des dieux à l’attaque finale d’Asgard.
Yoann : Le statut divin et le statut humain sont opposés dans votre cycle et pourtant ils sont en apparence très semblables. Qu’est-ce qui les différencie véritablement ? Qu’est ce qui les caractérise ?
Édouard : C’est vrai, j’ai essayé de rendre mes personnages divins le plus humains possibles. Ils sont caractérisés par leurs faiblesses davantage que par leurs forces : Odin est un dieu faillible, un dieu qui peut se renier, Frigg est une déesse jalouse. Donc les dieux ont des traits humains. Ce qui distingue les dieux des hommes c’est justement le fait que les hommes sont mortels mais qu’ils bénéficient d’une promesse d’immortalité dans l’au-delà . Alors que les dieux sont immortels mais ils sont condamnés à disparaître et lorsqu’ils disparaitront, ce sera pour toujours. L’immortalité promise aux hommes est liée à un passage, bien sûr, les héros qui entrent au Walhalla doivent le mériter par leur bravoure. Mais les hommes ont une possibilité de vie éternelle sur un autre plan alors que la mort des dieux est une sanction définitive. Une idée qui m’a été proposée récemment, c’est que le crépuscule des dieux traduirait en réalité un événement historique correspondant à la christianisation des tribus païennes. La fin d’un panthéon par la disparition de ses fidèles.
Yoann : Vous présentez parfois Asgard comme une réalité idéale, un sommet de la civilisation que les hommes n’ont pas encore atteint et devraient tenter d’atteindre. Elle est pourtant imparfaite est condamnée à disparaître comme les dieux ! Quels sont ses défauts ?
Édouard : C’est vrai que Asgard est présentée comme la cité idéale, comparable à la Jérusalem céleste, elle a été conçue par les dieux pour être vraiment le refuge parfait. Mais elle est promise à la destruction pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’il y a eu un mensonge, une trahison à la base de sa construction. En effet, la construction d’Asgard a été confiée à un géant et le prix que ce dernier demandait en échange était la déesse Freya (la déesse des pommes d’immortalité), le Soleil et la Lune. Ces trois éléments étaient bien sûr indispensables à la survie des Ases. Mais les dieux, de façon très inconsidérée et sur les conseils de Loki (encore une fois), ont accepté ce marché de dupe. Ils pensaient que le géant ne pourrait pas construire la cité dans les temps imposés par leur marché. Quand ils se sont aperçus qu’il allait y arriver, ils ont demandé l’aide de Loki. Il s’est transformé en jument pour séduire le cheval tout puissant du géant et l’emmener folâtrer. Privé du soutien de son cheval magique, le géant n’a pas réussi à remporter le pari dans les délais impartis. Il s’est mis en colère et Thor lui a fracassé le crâne. Quoi qu’il en soit, il y a eu tromperie de la part des dieux, ils n’ont pas respecté leur serment, ils ont dû tricher, et du coup, tout est corrompu. Alors, bien sûr, c’est à cause de Loki, c’est à cause du tentateur. Mais lui n’a fait que les tenter, ce sont les dieux qui ont commis la faute. La seconde raison qui condamne Asgard, ce sont les prédictions des Nornes ( les trois voyantes nordiques qui connaissent le devenir du monde). Plus exactement, c’est une force invisible et toute puissante que l’on nomme le Destin qui a déterminé que les dieux allaient disparaître. Voilà donc les deux raisons qui lient Asgard à la destruction.
Yoann : Pourquoi le royaume des hommes serait-il amené à remplacer Asgard ?
Édouard : C’est la volonté d’Odin qui possède une lignée de descendants humains de voir Midgard, la Terre des Hommes, remplacer Asgard, le Royaume des Dieux Ases. C’est son espoir que les hommes puissent être capables de succéder aux dieux. Pourquoi ? Parce que du sang divin coule dans leurs veines, ils possèdent la lumière divine, mais ils n’ont pas commis de faute, ils ne sont pas coupables du crime des dieux. Les Ases ont touché à l’anneau maudit du Nibelungen, ce qui n’est pas le cas des hommes. Hélas, si cela advenait dans la suite de l’histoire, il n’est pas sûr que les hommes puissent faire mieux que les dieux et restaurer le royaume d’Asgard sur terre. C’est un des enjeux majeurs de la Saga…
Yoann : Brunehilde se fait Scalde le terme nordique pour désigner un barde, un rôle central dans cette civilisation. Pouvez-vous préciser leurs responsabilités et quelle est la raison de leur autorité ?
Édouard : Les Scaldes sont les conteurs, les bardes scandinaves, ils ont pour fonction de raconter les grandes sagas qui mettent en scène les dieux et les hommes. Ils vont de cours en cours pour narrer des histoires qui sont déjà connues du public auquel ils s’adressent, mais ces histoires ont besoin d’être racontées oralement pour vivre. Les mythologies et les contes doivent être incarnés par un Scalde pour ne pas disparaître. Par la parole, par le pouvoir du Verbe, les Scaldes redonnent un sens à ses histoires, ils en font revivre tous les enjeux. Ces histoires peuvent être contemporaines, peuvent se situer sur le plan des dieux ou bien se dérouler dans un lointain passé. Quand j’écris, je me mets à la place du Scalde, je retranscris par le roman le pouvoir de l’oralité, du Verbe. D’ailleurs, je me suis amusé à raconter ces histoires oralement à Epinal et à Paris également lors d’un thé conté. C’est le pouvoir du Verbe Créateur de donner la vie aux histoires. Dans la tradition nordique ou celtique, le Scalde, le Barde, possède un statut d’une certaine façon supérieur à celui du Roi. Ce sont des civilisations de l’oralité où les bardes sont les gardiens du savoir, de la connaissance. Le pouvoir du Verbe les situe au sommet de la pyramide sociale. Ce sont des sociétés qui sont organisées hiérarchiquement à l’inverse de la nôtre. Car aujourd’hui les bardes, les artistes, ne sont hélas rien de plus que des baladins que l’on écoute peu. Si nous suivions plus attentivement les conseils des bardes modernes, peut-être commetrions-nous moins d’erreurs ?
Yoann : Est-il possible de s’opposer au Destin que les nordiques appellent le Wyrd ? Quand Brunehilde y fait obstacle, elle perd son statut divin. Le crépuscule des dieux est en marche et pourtant Odin cherche à l’arrêter. Est-ce contre nature ? Est-ce la mission du héros de lutter contre la fatalité ?
Édouard : Le Destin est souvent présent dans les mythologies, il y a une dimension tragique dans la mythologie et en particulier dans les légendes nordiques où le Destin est plus fort que tout, plus fort que les dieux qui en réalité ne sont que des démiurges. A la fois rien ne peut contrecarrer le Destin, et en même temps le Destin est mystérieux, il n’est pas incarné, donc on peut tenter de le contrarier. D’ailleurs on ne sait pas comment va réagir le Destin, il n’est pas forcément fixé, il peut évoluer. En l’occurrence, c’est ce que fait Odin. Malgré sa sagesse (il est le dieu de la poésie), sa connaissance des Runes, malgré sa grande intelligence, il commet la folie de contrarier le Destin. Il faut noter cependant que le Destin l’ayant condamné à disparaître, il n’a pas vraiment d’autre choix que de tenter de renverser le cours des choses. C’est donc bien la mission du héros de tenter de contrarier le Destin. La preuve en est que par deux fois, Odin interroge la voyante (La Volä) pour savoir si le Destin n’a pas changé d’avis suite à ses actions. Le Destin n’a pas changé d’avis, pourtant c’était envisageable. C’est peut-être le rôle de Siegfried, le héros humain, de réussir à infléchir le Destin, là où le dieu a échoué ? Le Destin est une force extrêmement mystérieuse, il est encore plus mystérieux que Loki qui possède une apparence palpable. Dans la mythologie toute chose a un visage, le Destin, lui, demeure une puissance inconnaissable, l’équivalent de notre dieu transcendant.
Yoann : La quête de la liberté est au cœur de votre ouvrage. Croyez-vous que les dieux et les humains possèdent le libre arbitre ? Existe-t-il une liberté absolue ? Quel est le point de vue des mythologies nordiques à ce sujet ?
Édouard : Alors justement, les dieux n’ont pas accès à la liberté telle que nous la définissons, ils possèdent la puissance, mais ils ne sont pas du tout libres. Tous les actes qu’ils commettent de façon apparemment libre induisent des responsabilités qui du coup pèsent sur eux. Chaque acte donne lieu à un accord, un serment, un engagement. Chaque fois qu’Odin agit, il y a des conséquences et ces conséquences l’enchaînent. Et pourtant il s’oppose aux conséquences de ses propres actes. Et c’est en ce sens qu’il est vaincu. Bien sûr, il est condamné par les prédictions des Nornes. Mais en plus, de par son comportement il se met en contradiction avec lui-même : Odin tente de contrarier les engagements qu’il a pris alors que c’est impossible. L’être humain quant à lui possède le libre arbitre. Les hommes dans la tradition nordique n’ont pas commis de faute originelle, ce sont les dieux qui l’ont commise. Les humains sont donc exempt de tout péché originel. Cependant la malédiction de l’anneau peut les toucher plus tard…
Yoann : Pourriez-vous expliquer pourquoi c’est un anneau qui se trouve à l’origine de la malédiction qui pèse sur les Neufs Mondes ? Quelle est finalement la symbolique de l’anneau ?
Édouard : L’anneau dans cette saga est un anneau de pouvoir, mais l’anneau c’est également l’alliance, le cycle. Et c’est vrai que cette aventure est un cycle. Il y a d’ailleurs souvent des anneaux dans l’histoire, ne serait-ce que l’anneau de feu qui encercle Brunhelide. L’anneau au départ pourrait symboliser l’alliance nuptiale, l’alliance de paix, mais comme il a été volé par la force et maudit par son possesseur, il va symboliser l’inverse de l’alliance pacifique, il va être un anneau d’enchaînement à des valeurs malsaines : la soif de l’or (l’or recherché pour lui-même et non pas pour des valeurs symboliques), l’avidité qui rend aveugle et fou. Il s’agit donc d’une alliance avec les ténèbres. Même ceux qui sont mis au courant de l’existence de la malédiction : Regin et Fafnir, vont tomber sous le pouvoir de l’anneau et le convoiter. Il symbolise donc l’inverse de la liberté. Mais en réalité ce n’est pas de la faute de l’anneau, tout provient de la malédiction, de la mauvaise parole qui a été portée sur lui. En réalité, l’anneau pourrait éventuellement redevenir l’anneau de l’alliance avec la lumière. Peut-être est-ce son destin ?
Yoann : Dans vos romans, la figure d’Odin, roi des dieux, est très ambiguë. D’après-vous, est-ce un dieu de lumière ou d’ombre ?
Édouard : Odin, c’est vraiment la lumière et l’ombre. Il est le dieu suprême d’Asgard. En restant suspendu neuf jours et neuf nuits aux branches du frêne Yggdrasil, il a découvert les runes sacrées. Il est à l’origine de la poésie. Il a donné son Å“il pour boire à la source de la connaissance. Et pourtant, il a toujours à ses côtés Loki qui le pousse sans cesse à commettre des actes inconsidérés, négatifs. Il est partagé, écartelé. Ses descendants humains Sigmund et Siegfried portent cette marque là . Ils sont partagés entre la recherche de l’accession vers le sublime, la générosité, le courage, et en même temps l’attraction vers les forces ténébreuses, symbolisées par les loups. Sigmund devient un homme loup, et son fils Siegfried est éduqué par les loups et devient un personnage extrêmement ambigu.
Yoann : La violence est omniprésente dans la mythologie nordique. La création de Midgard est le fruit du meurtre cosmique du géant Ymir dont le corps démembré a servi de matière première à la fabrication du monde des hommes. A votre avis quelles sont les raisons profondes de cette violence ?
Édouard : Il est vrai que le monde est créé par la violence dans la mythologie nordique. Le corps du géant Ymir est utilisé pour fabriquer le monde. La terre des hommes est le produit d’un crime originel, un crime violent, un crime de sang. D’ailleurs un monde né dans le crime ne peut finir que dans la violence. En même temps, il s’agit d’une violence créatrice, c’est une violence née du chaos originel. Dans les légendes, la création se fait en général dans la violence. Dans toutes les mythologies, il y a toujours un chaos fondateur, suivi d’un jaillissement. La création implique une division, une séparation. Dans la mythologie nordique le message est très clair : le monde est né d’un acte de violence. Par ailleurs, aussi bien Loki représente Satan sans l’enfer, aussi bien nous sommes en présence d’un monde sans sauveur. L’espoir a été placé dans les rois, puis Sigmund et Siegfried, mais aucun d’entre eux ne semble à la hauteur du rôle de ce rôle de sauveur. D’ailleurs, Siegfried est un héros ambigu qui a porté l’anneau maudit. On attend donc encore un rédempteur dans ce monde…
Yoann : Dans Le Sommeil du Dragon, le valeureux Siegfried ne semble pas connaître la peur. Est-ce finalement une qualité ou un défaut ? Vous mettez en évidence le lien qui existe entre aimer un être et la peur de le perdre. D’après vous, peut-on aimer sans connaître la peur ? Ces deux qualités sont-elles indissociables ? Eprouver de la peur fait-il partie de l’initiation du héros ?
Édouard : C’est ce que dit Regin à Siegfried : « Ta principale faiblesse c’est que tu ne connais pas la peur, donc tu ne peux pas connaître l’amour ». C’est vrai que dans la notion d’amour, si on n’a pas peur de perdre l’être aimé, on n’aime pas vraiment. L’être qui ne connaît absolument pas la peur, comme c’est le cas de Siegfried, n’est pas capable d’aimer, donc il n’est pas si fort que cela. Le véritable héros accompli découvre sa propre peur, il sublime sa peur dans l’amour de l’autre. L’amour implique une crainte, une crainte comparable à la crainte de Dieu, une crainte qui impose le respect, une crainte qui nous émeut. Siegfried n’est pas confronté à des dieux qui lui imposent le respect. Il se moque d’Odin, de Fafnir. La voie de la force ne l’a jamais impressionné. C’est quand il rencontre Brunehilde qu’il ressent enfin une crainte et un respect. Brunehilde est son double féminin, son anima, c’est une femme dont il sent le potentiel divin, elle a une aura qui le subjugue. Il sent qu’il va pouvoir s’oublier en elle. Il éprouve enfin la peur de la perdre, ce qui fait de lui un être humain à part entière. Par la suite, il va trahir ses engagements avec elle, c’est la malédiction de l’anneau qui reprend ses droits, la fatalité est implacable. Pourtant, il y avait là une réelle chance que Siegfried devienne un vrai héros accompli. L’amour est plus fort que la peur mais la peur est nécessaire pour découvrir l’amour. Néanmoins la peur n’est pas suffisante. Pour être dans l’amour absolu il faut avoir du courage. L’amour réunit deux forces contraires, antinomiques : la peur et le courage. Il faut du courage pour dépasser sa peur et s’oublier dans l’autre. S’oublier dans l’autre c’est devenir plus grand que soi, c’est là où on rejoint l’amour divin, c’est une sublimation. Les Pères de l’Eglise disaient que l’homme est un animal destiné à devenir Dieu. L’homme est à la fois un animal et un dieu en devenir.
Yoann : Dans Le Sommeil du Dragon, Fafnir a le pouvoir de rêver l’univers et il voit ainsi son futur. Est-ce une idée de la mythologie nordique ou une idée personnelle ? Est-ce que vous pensez que la réalité est quelque part le rêve d’un grand dragon ?
Édouard : Je dis souvent que nous sommes peut-être les rêves des anciens dragons ou des anciens dieux disparus. Ils ont disparu mais ils nous rêvent. Cet aspect du roman est un ajout personnel. Dans la mythologie, le dragon est l’ennemi qu’il faut vaincre mais c’est aussi symboliquement le dragon alchimique, le gardien du seuil. D’ailleurs dans certains textes des légendes nordiques, le dragon agonisant s’adresse à Sigurd et lui révèle certaines choses. J’ai poussé le concept plus loin, Fafnir est pour moi le vieux sage, le rêveur de réalité. Dès le départ, j’ai trouvé intéressante l’idée de choisir un narrateur qui dit dès la première page : « Je vais mourir ». Ainsi le lecteur se demande comment l’histoire va pouvoir se continuer sans lui. D’ailleurs, le dragon Fafnir appelle à lui son prédateur, son meurtrier. Dans ce cas, qui est le vainqueur ? Je suggère dans mon livre que le réel gagnant c’est Fafnir, car Siegfried se baigne dans le sang du dragon et acquiert une peau de corne. Il y a donc une sorte de fusion avec le dragon. Dés sa naissance le héros ressemblait d’ailleurs à un dragon. C’était peut-être le destin du dragon de devenir homme et le destin de Siegfried de devenir dragon ? Et les dragons sont antérieurs aux dieux, ce sont des anciens dieux… Quelle sera la conséquence de cette fusion avec le dragon ? Mystère…
Yoann : Amoureux des voyages et Conteur de Légendes sur scène, comment ces deux facettes de votre personnalité ont-elles influencé votre création romanesque ?
Édouard : Pour moi les histoires existent toutes déjà et elles ont besoin d’être racontées par des conteurs, des artistes. Quand je suis sur scène, je me laisse posséder par le conte, il me dicte des éléments que je n’avais pas forcément prévus. Quand j’ai voyagé, notamment en Crète, j’ai été amené à découvrir des histoires qu’il me fallait impérativement raconter par écrit. Sur scène, le public a une présence active, il se crée une connivence subtile et puissante entre le conteur et son auditoire. Le processus d’écriture est très différent, les phrases sont beaucoup plus réfléchies, méditées, mais il m’arrive de me laisser prendre par l’esprit du conte dans ma création romanesque et d’y ajouter des éléments incantatoires typiques de l’oralité.
Yoann : Quel lien faites-vous entre votre travail sur l’univers des Fées, de la Faerie et des Vampires et votre cycle sur la mythologie nordique ?
Édouard : le lien n’est pas direct mais nous sommes tout de même dans le domaine du merveilleux avec notamment la présence de créatures surnaturelles. Je m’étais fixé comme objectif, quand j’ai commencé mes livres sur la féerie, il y a une quinzaine d’années, de devenir un passeur de légendes, d’écrire des livres pour transmettre ce bagage culturel et revenir plus tard à l’écriture romanesque nourri de ce savoir légendaire. Je continuerai à écrire des livres de référence dans le domaine de la féerie mais j’ai de nombreux projets de romans liés à des grands archétypes (pas forcément mythologiques) que je revisiterai à ma façon pour leur donner un sens différent.
Yoann : Édouard quel sera le mot de la fin ?
Édouard : Je citerai Nietzsche en disant que : la fin est un éternel retour. Toutes les histoires ont été racontées. Toutes les vies ont été vécues. Tout a déjà été pensé et souffert. Mais tout cela revient et chaque fois c’est différent. L’important c’est d’avoir conscience qu’à chaque époque on revit les grandes légendes, les grandes histoires. Mais la façon de raconter ces histoires peut être nouvelle : notre responsabilité est dans le style, le ton que nous employons pour narrer les choses. Il faut être conscient de l’éternel retour des choses et de leur perpétuel renouvellement. Il nous faut avoir de l’humilité devant ces histoires ancestrales que nous revisitons, si possible avec panache !
Voici le lien pour lire cette critique en ligne:
http://www.noosfere.com/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=2146572634
Edouard BRASEY
Les Chants de la Walkyrie
Le puissant Odin, roi des dieux et de l’univers, est confronté aux limites de son pouvoir. Malgré toute sa sagesse acquise en sacrifiant son Å“il dans la fontaine du savoir infini, il ne parvient pas à connaître l’avenir des dieux d’Asgard et des êtres humains. Consultant les prédictions de la Volä, l’infaillible voyante, il découvre que la fin des temps est proche et que rien ne pourra sauver les Neufs Mondes de leur destruction. Les dieux, loins d’être purs et parfaits, ont commis des méfaits qui engendreront leur chute : le Destin veille à ce que chacun récolte le fruit de ses actions. Même les immortels souverains de l’univers ne peuvent se soustraire à cette Loi Cosmique. Pourtant, Odin ne peut se résigner à voir les Neuf Mondes anéantis, il veut protéger sa descendance humaine et empêcher le Crépuscule des Dieux. C’est pourquoi il confiera une mission périlleuse à sa fille la plus proche : la Walkyrie Brunhilde sera chargée de pénétrer dans le monde des hommes, d’abandonner son statut divin pour sauvegarder la lignée humaine d’Odin. Brunehilde, devenue simple mortelle, prendra tour à tour les rôles de barde, reine, épouse et mère.
     Avec un style évocateur, Edouard Brasey fait vivre la mythologie nordique dans toute sa violence, sa poésie, sa démesure. Les Chants de la Walkyrie est une aventure pleine de mystère, peuplée de descriptions soignées, de personnages complexes et profonds. Avec beaucoup de subtilité, l’auteur nous fait entrer dans l’intimité d’une autre culture, nous invite à comprendre sa philosophie et les implications morales de sa mythologie. Les dieux eux-mêmes vous apparaîtront comme des personnalités très humaines, hautes en couleurs. J’ai particulièrement apprécié : Loki le tentateur, omniprésent et insidieux ; Odin le roi des dieux, torturé par d’affreux dilemmes, souverain de l’univers à la fois puissant et vulnérable, attachant et ambigu. Quant à la Walkyrie Brunehilde, sa lucidité et son cynisme égalent sa pureté. La façon dont les héros de cette histoire se débattent contre une fatalité implacable a quelque chose de fascinant. Chaque victoire engendre une nouvelle épreuve, une nouvelle malédiction, la malédiction de l’anneau de Nibelungen. Réflexion sur l’importance du libre arbitre, sur sa beauté et ses dangers, Les Chants de la Walkyrie soulève constamment la question de savoir ce qui différencie la condition humaine du statut divin.
     Romances dramatiques, passions déchaînées, batailles épiques, Edouard Brasey débute avec ce tome une saga intense menée tambours battants.
Yoann BERJAUD
Première parution : 29/6/2009
dans Fantastinet
Mise en ligne le : 1/7/2009
Et voici, signée Yoann Berjaud, une nouvelle critique du “Sommeil du dragon” parue sur le site de noosphere :
http://www.noosfere.com/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=2146572635
Edouard BRASEY
Le Sommeil du dragon
La suite des Chants de la Walkyrie nous relate l’enfance sauvage de Siegfried et son initiation chamanique au contact des forces naturelles de la forêt de Fer. Enfant loup, enfant faucon, être sans peur et indomptable, il refuse toute éducation et pénètre les mystères de la vie, guidé par une soif de nouveauté insatiable. Siegfried est une énigme, un demi-dieu, un volcan d’énergie, sa part animale est aussi puissante que sa part divine. On sent que se joue en lui une lutte terrible entre l’inspiration céleste de la lignée d’Odin et les influences telluriques en provenance du génie du Feu, Loki. Barbare candide et innocent, il se comporte en prédateur pour qui la mort fait partie du processus naturel de l’existence. Son désir de vie et de puissance ne connaît pas de limite car il n’a jamais ressenti la crainte. Il veut tout à la fois briller par l’honneur et conquérir l’univers. Son avenir est tout tracé, il est né pour devenir le héros qui vengera la mort de son père Siegmund, tué par Hunding l’homme-chien, puis qui terrassera le Dragon Fafnir, gardien du Trésor des Nibelungen. Mais parviendra-t-il à se préserver de la corruption qu’exerce l’anneau maudit sur son porteur ? Descendant direct d’Odin, réussira-t-il à créer une lignée de descendants lumineux et honorables capables de racheter les fautes des dieux Asgardiens pour établir la paix dans le monde des hommes ? Si les Ases sont condamnés par le Ragnarök, Siegfried aura-t-il le cÅ“ur assez pur pour bâtir un royaume de splendeurs sur Midgard, un royaume qui puisse échapper à la fin du monde, préservant ainsi l’étincelle divine possédée par les dieux ? Jeune homme simple en apparence, Siegfried est au cÅ“ur d’un champ de bataille entre les puissances souterraines et les dieux du ciel. De ses choix et de ses accomplissements dépendront l’avenir des dieux et de l’humanité. Lui, l’homme libre destiné à rencontrer la Walkyrie Brunhilde, est-il si libre que cela quand tous les héritages du monde ancien pèsent de toutes leurs forces sur ses épaules ? Heaume d’effroi, épée de détresse, destrier magique, cape d’invisibilité, anneau maudit et trésors incommensurables se dresseront sur la route du héros.
     Ce second tome est sans aucun doute une réussite. Dans un style poétique et poignant, Edouard Brasey nous narre le combat des héros et des dieux face aux forces inexorables du Destin. Il nous brosse le tableau vibrant de vie de l’initiation chamanique de Siegfried : la rencontre avec les puissances de la nature, la fusion avec les éléments et l’univers, l’art des métamorphoses, l’exaltation de la communion avec l’âme sauvage du monde, la découverte du langage obscur et des animaux de pouvoir. C’est un retour aux racines animistes de la tradition nordique, un voyage magique enivrant qui nous fait rêver et méditer. Quant au Dragon Fafnir, le sage et tout puissant Fafnir, qui connaît l’avenir et rêve le monde, son rendez-vous avec le héros vous laissera une saveur merveilleuse. Car bien plus qu’un affrontement, la rencontre de ces deux antagonistes éternels est pareille à une union des âmes. Nous verrons le machiavélique et séduisant Loki mener la danse qui conduit au Crépuscule des Dieux. Nous retrouverons Odin pris au piège des arrêts du Destin luttant avec un panache divin. Nous accompagnerons enfin Brunehilde la fière Walkyrie vers un final très mystérieux.
     Cet ouvrage nous offre une réflexion d’une grande richesse sur le rôle du désir, de la peur et de l’amour dans la vie des hommes, des dieux et des héros.
Yoann BERJAUD
Première parution : 29/6/2009
dans Fantastinet
Mise en ligne le : 1/7/2009
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