CRITIQUE DU “TRAITE DE FAERIE” sur Mythologica.net

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Voici la première chritique du “Traité de Faërie” d’Ismaël Mérindol, due à la plume fidèle de Thomas Riquet:

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Après avoir publié il y a deux mois un premier traité (Traité de Vampirologie) Edouard Brasey, auteur prolixe devant l’éternel, nous propose cette fois-ci une Traité de Faërie. Expert reconnu de l’univers féérique c’est donc tout naturellement que ce traité va nous éclairer de manière plus précise sur le Petit Peuple.

Composé dans un premier temps par le Traité de Faërie (qui comme chacun s’en doute donna son titre à l’ouvrage) de Ismaël Merindol. Cet enfant des fées nous propose donc, à travers l’adaptation d’Edouard Brasey, le peuple au sein duquel il a passé sa jeunesse. Au fil des pages l’ensemble des créatures du bestiaire féériques prennent place devant nos yeux ébahis.
Les opus précédents publiés par le Pré aux Clercs ont laissé à tous leurs lecteurs une saveur particulière et chacune de leurs sorties est attendue au tournant. Du point de vue de la réalisation c’est un franc succès. Les excellents éléments que j’avais déjà notés sur le Traité de Vampirologie sont présents (aspect découpé des pages, couverture rigide, dorures,…). Le défaut également a été reconduit : le vernis sur le dos de l’ouvrage tranche avec l’aspect ancien voulu par l’éditeur. C’est le seul défaut que j’ai pu trouver à cet écrin qu’est l’aspect extérieur de ce grimoire.

Passons maintenant à l’intérieur car on ne juge pas un livre à sa couverture. D’un point de vue graphique il est à mon sens encore plus réussi que le précédent. La mise en page paraît plus aérée, facilitant encore la lecture. Les illustrations en noir et blanc sont de toute beauté, peut-être est-ce d’ailleurs dû à la nature des fées, qui sait ? Ma préférée est celle de la page 266 pour ceux qui l’auront entre les mains. Elle retranscrit toute une tendresse qui est particulièrement agréable à l’œil.

Le contenu en lui-même est particulièrement intéressant et bien construit. Le Traité d’Ismaël Merindol aurait largement mérité à lui seul un ouvrage mais les trois traités qui ont été ajoutés à sa suite ne font que se mettre encore plus en valeur les uns les autres. D’un point de vue textuel ce livre est donc une réussite.

Au vu de l’ouvrage on peut penser qu’il figurera rapidement en bonne place sur les étagères des amateurs de féérique très rapidement et que son succès, je l’espère, sera long. A quand d’autres traités de ce genre ????

LE “TRAITE DE FAERIE D’ISMAEL MERINDOL” DE 1466 EN VENTE LE 16 AVRIL

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Le très attendu “Traité de Faërie” d’Ismaël Mérindol, publié à Prague en 1466, est enfin réédité au Pré aux Clercs avec une présentation d’Edouard Brasey. Voici en avant première un extrait de cet ouvrage!

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Je savais que les forêts, les fontaines, les lacs et les collines représentent des frontières invisibles, des portes enchantées ouvrant sur l’autre monde. Je découvris ainsi, au hasard de mes périples, les palais souterrains hantés par les créatures de l’Autre Monde. Pour en repérer l’entrée, il fallait accomplir neuf fois le tour de ces lutinières par nuit de pleine lune. La porte de leur palais s’ouvrait alors largement, et il était possible d’y pénétrer. Mais attention ! Au moindre bruit, au plus léger souffle, les créatures de l’Autre Monde s’évanouissaient, ainsi que leurs salons brillamment éclairés et leurs salles de bals, ne laissant derrière elles que grottes obscures et humides.
A défaut de découvrir la porte enchantée, il était possible de poser son oreille au sol. En s’armant de patience, il était possible de percevoir les échos assourdis des concerts ininterrompus qui égayaient les lutinières souterraines.
Je devais pourtant être prudent dans mes errances. Nombreux sont les pièges tendus aux humains imprudents qui se risquent à fouler de leurs pas les sentines courant à travers bois, landes et bosquets. S’ils n’y prennent garde, en traversant ces mers de bruyères qui parfois déroulent à perte de vue leur désolante uniformité, ou en se glissant au couvert des forêts, ils s’exposent à marcher sur la fameuse herbe d’oubli, ou herbe d’égarement, qui ôte dans l’instant tout sens de l’orientation à celui qui l’écrase de son pied. Cette herbe est redoutable de jour, mais encore plus de nuit, et c’est à elle qu’il faut imputer la cause de la plupart des disparitions de voyageurs. Un dicton affirme en effet :
Si tu veux voyager longtemps,
prends garde à ne point fouler l’herbe d’égarement.
Pour ne point me fatiguer en trottant par les chemins, j’avais soin de glisser des feuilles d’armoise dans mes chaussures. Grâce à elles, je pouvais courir une journée entière sans éprouver le moindre dommage. Le restant de ma vie, je n’utilisai point d’autre moyen de locomotion lorsque je me déplaçais d’un point de l’Europe à l’autre.
Cela dit, les grands chemins n’étaient point exempts de mauvaises rencontres. Et des mauvaises rencontres, j’en fis assurément. Mais j’en eus également de bonnes, et celles-ci compensèrent amplement celles-là. Qu’il me soit permis d’évoquer ici quelques-unes des créatures surnaturelles que j’eus l’heur ou le malheur de croiser tout d’abord.
La Provence, contrairement à ce que peut laisser augurer son climat sec et chaud, est une terre riche en eaux de toutes sortes. Sources, rivières, torrents ne manquent pas, et irriguent le sol en profondeur. Le seul problème est que la plupart de ces sources sont souterraines et cachées, et que les rivières sont souvent à sec. C’est pourquoi les eaux de Provence sont fréquentées par une multitude d’esprits aquatiques qui en sont les gardiens. Nymphes, ondines et autres filles de l’eau sont partout chez elles en Provence, et il est aisé de s’entretenir avec elles.
Il faut toutefois noter que ces créatures, pour la plupart féminines, sont aussi dangereuses qu’elles sont belles. Elles n’aiment rien tant que de se faire courtiser et aimer des hommes qui, lorsqu’ils cèdent à leurs invites, deviennent leurs proies et leurs victimes.
Je connaissais la réputation sulfureuse de ces humides ondines, aussi je me tenais constamment sur mes gardes lorsque j’approchais d’un point d’eau. Lorsque je souhaitais m’abreuver à quelque source ou fontaine providentielle, je prenais toujours soin de fermer les yeux avant de me pencher sur l’onde, pour ne point courir le risque d’y croiser le visage enjôleur de quelque naïade au sourire mutin et d’être tenté de succomber à ses charmes. Mieux vaut-il boire en aveugle l’eau fraîche des fontaines que s’y noyer les yeux grands ouverts.
Et puis, il y avait les « masques ». Les masques sont le nom par lequel on désigne les sorcières en Languedoc et en Provence. Le jour, elles prennent l’apparence de vieilles mendiantes inoffensives. Mais la nuit elles pénètrent dans les maisons pour y semer le trouble et le désordre. Pour les conjurer et les éloigner efficacement, il suffit de disposer un pot d’eau sous la chatière et de suspendre une vieille culotte à la serrure. On crie alors : « Chausses au trou ! » La masque, voyant la serrure condamnée, passe par la chatière, tombe dans l’eau et s’y noie en poussant des cris de souris.
Un autre danger assez courant était dû à la présence des bugadiero, variété de masques grimées en lavandières, qui invitaient les jeunes hommes à venir danser avec elles pour mieux les pousser au fond de l’eau où elles les dévoraient ensuite. J’eus plusieurs fois l’occasion de croiser les silhouettes décharnées de ces monstrueuses lavandières. Déjà initié aux contre-sortilèges des fées, je les faisais fuir en fredonnant cette comptine :
Vé la Bugadiero, vé la Masco !
Va prendro moun pied au derriero !
Certaines de ces masques, versées en noires magies, avaient la faculté de cacher la hideur de leur face derrière une apparence belle et juvénile. Les odieuses vieilles se métamorphosaient en accortes jouvencelles qui venaient, folâtres, courir le guilledoux et danser la gallinette  avec des jeunes gens qu’elles entraînaient ensuite vers les puits profonds ou les noires rivières où elles les noyaient avant de leur arracher le cœur et le dévorer tout cru.
Le seul moyen de reconnaître ces sorcières et de déjouer leurs mauvais sortilèges était de tâter, sans qu’elles y prennent garde, l’ourlet de leur robe. Ces créatures de l’eau, en effet, avaient toujours le bas de leur robe mouillé. C’est à ce signe sûr que l’on pouvait savoir qu’on se trouvait en présence, non d’une douce et ravissante pucelle, mais d’une infâme lavandière nocturne.
Et puis, il y avait aussi les monstres du Rhône, tels que le drac ou la tarasque. Le dragon nommé tarasque, capturé par la bonne sainte Marthe, n’était pas le seul de son espèce, et la gent tarasquine continua à hanter, bien qu’en grand secret, les abords du Rhône où elle fit grand ravage. Je me souviens d’avoir surpris, un jour que je me reposais au bord du fleuve, un couple de tarasques aux crocs pareils à des hallebardes et aux yeux semblables à des lanternes. Leurs naseaux exhalaient des vapeurs noirâtres et leurs gosiers laissaient filtrer des râles à vous glacer les sangs. Je ne dus mon salut qu’à l’anneau d’invisibilité qui se trouvait à mon annulaire, et que je n’eus que le temps d’actionner. Les deux monstres passèrent sans me voir. Après cela, je ne retournai plus jamais au bord du Rhône.
Mais les masques, lavandières de nuit et tarasques n’étaient pas les seules à hanter la Provence. Il y avait aussi les chats sorciers, dont j’observais les rondes enchantées en mes jeunes années. Chats en rond dansaient au rayons de la lune, dressés sur leurs pattes arrières, se tenant par les pattes avant, miaulant comme des possédés . Leurs yeux lançaient des éclats rouge vif, preuve, s’il en fallait, que le Démon menait la danse. Je me couchai à terre, le nez dans les lavandes, et observai de loin ces chatteries chorégraphiques. Mais j’eus soin de ne point m’en mêler davantage, car les chats ne m’auraient pas laissé repartir vivant. Je n’avais que huit ans, mais je savais déjà reconnaître les frontières de Faërie à ne pas dépasser.
Enfin, il y avait le théocorne – dont l’étymologie semble renvoyer à un « dieu cornu » -, étrange démon prenant l’apparence d’un inoffensif petit chat gris et blanc au nez rose, mais pourvu de deux minuscules cornes de chevreau sur le crâne. Nul ne devrait s’en étonner, car un vieux dicton rappelle que « jadis les chats avaient des cornes, mais qu’ils les ont vendues pour aller boire ».
Pour se garder d’ennemis éventuels, le théocorne a le pouvoir, par nuits de clair de lune, d’allonger indéfiniment son ombre et de lui conférer des formes monstrueuses. De tous les cornichonesques bestiaux qu’il m’a été donné de croiser en ma longue vie d’errance et de recherches sapientales, le théocorne est bien le plus cornichon de tous – de là vient sans doute le suffixe « corne » de son nom, plus encore que de la présence de deux minuscules andouillers sur son chef, bien qu’andouille eût aussi bien fait l’affaire pour le qualifier. Car le premier à avoir peur des ombres grimaçantes qu’il produit au clair de lune, c’est lui-même !

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