Voici un article paru sur le site: un article dans http://www.eslaria.com/fees_brasey
Edouard Brasey ou le spécialiste des Fées
Edouard Brasey est conteur et écrivain. Il a écrit plusieurs ouvrages de référence sur les peuples de la nature. En fait, ses ouvrages font partie des inspirations de l’Oracle des Elémentaux. Un expert du genre, dont vous pourrez découvrir bientôt l’interview sur eslaria.com, ainsi que sa bibliographie et la présentation de son site.
Que l’on parle de dragons, d’elfes, de sylphes ou de sirènes, Edouard est intarissable ! Mais sa plus grande spécialité est sans doute l’étude des fées. Que serait le monde des élémentaux sans elles ? Ce sont les êtres fascinant le plus les humains. Une sorte d’idéal féminin, pleines de fraîcheur de d’ondes bénéfiques. Leur beauté, leur fragilité, leur douceur attire, hommes autant que femmes. Les enfants en font leurs protectrices. Quant aux animaux, ils les aperçoivent bien plus souvent que nous.
Mais les fées sont plus puissantes qu’on ne le croit. Gare à celui qui les mettra en colère ! La grâce n’empêche pas la hargne, et ces êtres ne sont pas prêtes à s’en laisser compter. Leurs pouvoirs magiques sont innombrables et font partis de leur personnalité.
Il existe presque autant de pouvoirs différents que de fées. Elles sont du peuple de la terre mais savent s’élever dans les airs. A elles seules, elles séduisent lutins, elfes et humains. Combien d’âmes éperdument amoureuses ont perdu la raison à cause d’elles ? Attention, ne perdez pas la tête… et gardez les pieds sur terre. Les fées sont très sauvages, bien plus encore que le moins docile des animaux.
Et pourtant ! Elles aiment passer du monde de la féerie au notre. Elles aiment nous voir, nous observer, et parfois communiquer avec nous. Le moyen âge mis fin à la belle harmonie qui régnait entre ces deux dimensions. Les fées furent chassées et répudiées, ont les vit de moins en moins. Mais aujourd’hui, des siècles plus tard, elles commencent
à pointer de nouveau le bout de leurs ailes… les croyances sont moins taboues qu’auparavant. Et plus l’on croit aux fées, plus elles réapparaissent. Car on leur donne alors la clé pour venir chez nous.
Penchons nous sur l’excellent “Guide du chasseur de Fées” d’Edouard Brasey ( Editions Le pré aux Clercs ), et laissons l’auteur approfondir le sujet…
Le crépuscule des dieux - Le calendrier magique
Les portes ouvrant sur l’autre monde
La petite société des fées
Quelques fées célèbres
Le crépuscule des dieux et la naissance des Fées
“L’Edda”, recueil de mythologies nordiques compilées par le poète islandais Snorri Sturluson, rédigé entre 1220 et 1230, narre comment les Ases - les dieux - maîtres de la forteresse d’Asgard firent le monde en sacrifiant et dépeçant Ymir, le vieux géant du givre né des gouttes provenant de la rencontre du feu et de la glace et nourri par les quatre fleuves de lait coulant des pis de la vache Audhumla. Odin et ses frères firent du corps d’Ymir le globe terrestre, de son sang la mer et les lacs, de sa chair la terre ferme, de ses os les montagnes, de ses dents les pierres et les roches, de sa chevelure et de sa barbe les forêts, de son crâne la voûte céleste et de son cerveau les nuages.
Mais à la surface du corps en décomposition du géant abattu des vers se mirent à grouiller. Des vers nés de la substance du géant du givre, qui reflétèrent un instant l’image des Ases sur eux penchés. Ces vers, à jamais marqués par cette empreinte divine, se transformèrent en divinités secondaires et minuscules, vivant dans les éléments de la nature, que les Scandinaves appelèrent le Peuple des Huldre, et qui plus tard prirent le nom de fées, elfes, nains et autres membres du petit peuple. Certains plongèrent dans les profondeurs ténébreuses du monde, se transformant en elfes noirs et en démons, tandis que d’autres, attirés par la lumière, évoluaient au grand jour sous la forme de fées, elfes clairs et sylphes.
Le calendrier magique
1er mai : Beltaine
Le mois de mai est le mois des fées par excellence. Le 1er mai, notamment, correspond à la fête celtique de Beltaine, marquant à la fin de la “saison sombre” et inaugurant le début de la “saison claire”. Placée sous l’égide de Belen, le Soleil, Beltaine est une fête joyeuse et enjouée, marquée par les arbres de mai, la magie amoureuse et les rituels de fécondité. C’est l’époque où les fées, sortant enfin de leur long sommeil hivernal, apparaissent au grand jour pour repeindre les fleurs de couleurs vives et raviver leurs parfums. C’est aussi le temps où les bonnes dames changent de logis et déménagent d’une colline à l’autre.
24 juin : la Saint-Jean
La fête de la Saint-Jean, le 24 juin, et la nuit qui la précède, la plus courte et la plus chaude de l’année, constitue également une excellente date pour partir à la rencontre des fées, qui prennent souvent l’apparence d’accortes jouvencelles sautant allègrement au-dessus des bûchers allumés un peu partout. Placée sous les auspices de la magie et des sortilèges, cette fête donne lieu à bien des enchantements. Ainsi, à minuit précis, l’eau des fontaines se transforme en vin et les pierres en pains. Les magiciennes et les sorcières s’en vont cueillir l’herbe de la Saint-Jean, qui a le pouvoir de conjurer les sorts et de guérir les points de côté, avant de se baigner nues dans la rosée matinale, afin de garder une peau fraîche et un teint éclatant.
1er novembre : Samhain et Halloween
Le 1er novembre marque chez les Celtes le début de la saison sombre et la fête de Samhain, le dieu de la Mort. La veille, nuit d’Halloween, les défunts et les esprits noirs sortent des cimetières pour se mêler aux humains. Si Beltaine est l’époque privilégiée pour observer les jolies fées des fleurs, Halloween est davantage marquée par la présence des mauvaises fées, sorcières, chasses fantastiques, hordes et vassalerie des Unseelie ( des “maudits” ).
Cette sombre fête est en réalité décomptée du calendrier humain ; la nuit d’Halloween est “hors du temps”, entièrement réglée par les caprices du temps féerique. Aussi cette nuit terrifiante peut-elle durer aussi bien quelques heures que quelques siècles, et plus d’un mortel, victime des sortilèges d’Halloween, est resté à jamais prisonnier d’Elfland sans espoir de retour. Pour prévenir ce danger, il est conseillé d’allumer de grands feux et d’organiser des banquets afin de se concilier les esprits mauvais et de vaincre sa peur du noir et de la mort.
- Note de eslaria : on peut ainsi s’apercevoir que le monde des élémentaux a des liens fondamentaux avec le notre. En fait, le temps lui-même se met à notre service pour nous faire rencontrer le petit peuple !
Encore faut-il gommer auparavant les faux-symboles venus remplacer les significations d’antan. Halloween en est l’exemple le plus édifiant. Né en Europe, passé en Amérique puis revenu en France, voilà cette fête païenne transformée en “fête de l’épouvante”. -
Les portes ouvrant sur l’autre monde
Certains lieux sont plus propices que d’autres à l’observation des fées, et tout bon chasseur de fées se doit de les connaître. Ainsi, on s’accorde généralement à reconnaître que les fées ont une certaine propension à fuir les grandes agglomérations urbaines au profit de la nature de préférence sauvage, avec un penchant pour les forêts, les points d’eau ( fontaines, lacs et cascades ), les collines enchantées ainsi que les jardins.
Ces lieux d’observation sont toutefois précaires, car les fées n’y sont que de passage, et n’y demeurent point. Maître Mérindol, en son Traité de Faërie, insiste sur le fait que les forêts, les fontaines, les lacs, les collines et autres points stratégiques sont en réalité moins des lieux de résidence que des frontières invisibles, des portes enchantées ouvrant sur l’autre monde.
Inutile donc de s’attendre à croiser une fée au détour d’une haie ou à l’orée d’une futaie. Jadis, peut-être, en cet âge d’or où les gens de Féerie fréquentaient encore le commun des mortels, il était possible de rencontrer une belle dame sous un chêne ou près des berges d’un lac. Mais cette époque est hélas révolue depuis bien des lustres, et si l’on peut encore, par accident, tomber nez à nez en pleine forêt avec un nain égaré ou une sarabande de lutins ou de gnomes en goguette, il y a beau temps que les accortes jouvencelles ont déserté nos sentines ou les margelles de nos fontaines. Les contempler est devenu un luxe réservé à quelques initiés.
Au Moyen Âge, déjà, ce n’est qu’après moult péripéties que les chevaliers aventureux rencontraient les fées qui leur étaient promises. Dans les romans médiévaux inspirés du cycle de la Table ronde, c’est souvent en poursuivant un gibier fabuleux, blanche biche, cerf au pelage de neige ou encore sanglier au poil immaculé, que le fier paladin était conduit, sans le savoir, jusqu’au palais enchanté où l’attendait la fée dont il était désormais le prisonnier d’amour. Car voici que de chasseur, il était devenu gibier, tourmenté par sa passion pour la belle dame dont il était désormais l’esclave et le chevalier servant.
Même si les fées ont largement déserté les forêts d’aujourd’hui, certaines d’entre elles sont encore présentes dans les dernières réserves naturelles de fées, telles que les forêts bretonnes de Huelgoat, Fouesnant ou Brocéliande, dans les bois anglais du Devon et du Somerset, ou bien encore sur les landes d’Ecosse et d’Irlande. C’est là que le chasseur de fées avisé devra porter ses pas.
- Note de eslaria : retenez le bien : qui dit nature ne dit pas forcément élémentaux. Un arbre, un square ou même une forêt peuvent être tels des villages déserts. En fait, le petit peuple a vu son espace d’habitation sans cesse retranché, au fur et à mesure des progrès technologiques humains. A nous maintenant de retrouver ces endroits… mais comprenez qu’il faudra leur prouver nos bonnes intentions -
La petite société des fées
Lorsque leur sort n’est pas lié à celui des humains, les fées forment entre elles une véritable société, avec ses règles, ses comportements et ses modes de vie, qui ne sont pas sans rappeler, de façon idéalisée, la société des hommes. Pour Paracelse - qui fut lui aussi, en ses jeunes années, un élève d’Ismaël Mérindol, lequel l’initia aux moeurs et coutumes dées fées - ces êtres ont été en effet conçus par Dieu pour manifester les merveilles de sa Création à ceux qui les contemplent, même si cette faveur est rare : “Car ces êtres n’apparaissent pas tous les jours, mais au contraire très rarement : et nous ne les voyons comme s’ils nous apparaissaient dans un rêve. Ce sont donc des êtres humains, ils meurent comme les bêtes, se déplacent comme les esprits, mangent et boivent comme les hommes” ( Paracelse ).
Les fées et autres êtres élémentaires ne sont pourtant ni des esprits, ni des animaux, ni des hommes, mais des créatures intermédiaires : “Ainsi, de la même manière que l’on peut reconnaître et distinguer l’un de l’autre un esprit et un être humain, de la même manière vous reconnaîtrez les êtres dont je traite ici, mais avec cette différence qui les sépare des esprits, qu’ils ont sang, chair et os : en outre ils mettent au monde enfants et rejetons, parlent et mangent, boivent et marchent, choses que ne font pas les esprits. Voilà pourquoi ils sont pareils aux esprits par l’agilité, à l’être humain par la silhouette et par le fait qu’ils mangent et enfantent, et, ainsi, ce sont des êtres qui ont à la fois la nature des esprits et la nature de l’homme, qui ne font en eux qu’une seule et même chose.”
Tout comme l’homme est à l’image de Dieu, les créatures élémentaires sont à l’image de l’homme : “Ils ont une intelligence, sont riches, raisonnables, pauvres, insensés comme nous, qui sommens issus d’Adam : ils sont notre portrait en tous points. De même qu’on dit que l’homme est l’image de Dieu, c’est-à-dire qu’il a été fait à son image, on peut dire aussi que ces êtres sont l’image de l’homme et faits à l’image de l’homme”.
Rien en effet ne semble distinguer la société des êtres élémentaires de celle des hommes : “leurs coutumes, leurs gestes sont humains ; leur paler et leurs façons ainsi que toutes leurs qualités sont tantôt meilleurs et tantôt plus grossiers, tantôt plus subtils et tantôt plus rudes que ceux des hommes. La même chose s’applique à leurs silhouettes, de forme extrêmement différenciée, comme c’est le cas chez les hommes : leur nourriture est semblable à celle des hommes ; ils mangent et jouissent du travail de leurs mains, filent et tissent eux-mêmes leurs propres habits, savent, grâce à leur raison, utiliser les objets, possèdent la sagesse qui les rend aptes à gouverner, la justice pour les préserver et les protéger”.
Les maisons des fées :
Cette petite société des fées a ses habitations propres, qui ont changé au fil du temps. Jadis, les fées vivaient sous les pierres des dolmens, qui encore aujourd’hui ont pour nom la maison des Fées, l’antre des Fades, la cave aux Fées ou encore le Clapier aux Fées. Paul Sébillot concède qu’il est assez rare qu’elles passent pour habiter encore des dolmens ; on croit cependant qu’elles résidaient à une époque voisine de la nôtre dans ceux de Saint-Nectaire en Puy-de-Dôme ; sous le dolmen de la lande du Fao en Saint-Gelven vit toute une légion de fées qui en sortent à minuit pour danser sur sa table. On s’empara jadis près de celui des Faradelles, dans l’Aveyron, d’une fée, au moment où elle mettait ses bas rouges, et on l’enferma dans une maison que l’on montre encore.”
Pour être enfouies dans le sol ou dans la pierre, les maisons des fées n’en étaient pas moins magnifiques. “On entrait chez les fées de Landaville par de gros trous cachés sous des souches d’aubépine Leur maison était tout au fond ; il y avait beaucoup de chambres où c’était plus beau qu’à l’église. On y voyait toujours plus clair qu’en plein midi, tant il y avait d’étoiles de toutes couleurs qui étaient attachées en l’air. Et partout sur les murailles c’étaient des miroirs qui reluisaient et qu’on ne pouvait regarder. Les fées passaient leur vie à chanter et à jouer, et, quand il faisait beau, elles sortaient la nuit par les trous de fosse. Elles étaient si légères qu’elles ne touchaient pas terre, et qu’on voyait clair au travers d’elles.” ( Paul Sébillot )
Comment les fées acquièrent une âme immortelle
N’ayant point, contrairement à l’homme, d’âme immortelle, les êtres de Féerie peuvent toutefois en acquérir une - et devenir ainsi chrétiens - en s’unissant aux hommes. C’est la raison pour laquelle ils recherchent en permanence - notamment les nymphes, c’est-à-dire les fées, et les ondines - l’amour des mortels. Pour Paracelse, “ce sont des hommes, mais seulement quant à la nature animale : ils n’ont pas d’âme. Il s’ensuit cependant qu’ils s’unissent à l’homme par mariage, en sorte qu’une ondine épouse un homme issu d’Adam, vit en ménage avec lui et met au monde des enfants. En ce qui les concerne, il faut savoir que leur engeance tient du père : du fait que le père est un homme issu d’Adam, une âme est insufflée à l’enfant et il devient semblable à un vrai homme qui possède une âme et l’Eternité. En outre, il est bien connu et il faut se pénétrer du fait que même ces femmes reçoivent une âme en se mariant, en sorte qu’elles sont rachetées aux yeux de Dieu et par Lui, comme les autres femmes. Car il s’avère de maintes façons qu’elles ne sont point éternelles, mais aussi qu’elles le deviennent quand elles sont unies aux hommes ; c’est-à-dire qu’elles sont alors dotées d’une âme, comme l’homme.”
Selon Paracelse, le mariage avec une fée était aussi indissoluble que le mariage chrétien, et le mortel qui prenait un tel engagement ne pouvait en aucun cas répudier sa surnaturelle épouse : “sachez à ce sujet que, quand leur mari les a irritées, tandis qu’elles sont sur l’eau ou en d’autres endroits analogues, elles tombent tout simplement à l’eau et personne ne peut plus les retrouver. Alors, il semble au mari que sa femme s’est noyée, car il ne la voit plus jamais. cependant, sachez aussi qu’il ne doit pas la croire défunte et morte, mais vivante, bien qu’elle soit tombée à l’eau : et sachez en outre qu’il ne doit point prendre d’autre femme. Car si cela arrive, il lui faudra le payer de sa vie et il ne reviendra plus jamais sur terre, le mariage n’étant pas dissous, mais conservant au contraire son entière validité.”
Quelques fées célèbres
La Befana
La Befana italienne est une vieille fée, toujours vêtue de noir, le visage couvert de suie et dotée de longues chaussures éculées, qui sillonne le ciel sur son balai pour apporter des cadeaux aux enfants sages à l’Epiphanie. Quant aux enfants méchants, elle leur laisse des choses répugnantes et malpropres. On dit qu’il s’agissait d’une vieille femme occupée à ramasser des fagots au moment où elle avait croisé les Rois mages qui lui avaient proposé de les accompagner jusqu’à Bethléem pour adorer l’enfant Jésus. Elle refusa puis, prise de remords, elle tenta de les rejoindre, un sac plein de jouets sur le dos. Mais les rois avaient pris trop d’avance et la Befana erra sans repos à travers l’Europe entière, avant de s’installer en Italie où aujourd’hui encore on la représente sous la forme d’un mannequin couvert de guenilles que l’on fait défiler sur un char à travers la ville avant de la brûler sur la place principale.
- Note de eslaria : on constate en plusieurs endroits que les élémentaux sont bien plus mêlés à la religion qu’on ne pouvait le croire. Un point pour le moins inattendu: l’esprit païen et la chrétienté n’ont pas pour réputation de faire bon ménage. Mais il ne faut pas oublier que les élémentaux sont de la source du monde : ils étaient là au premières heures de notre terre. Quoi du plus naturel, au fond, qu’ils aient toute leur place dans la bible. Bien entendu, certaines légendes sont très allégoriques comme tous les rapprochements à Adam et Eve, mais d’autres entrent en harmonie avec la féerie religieuse. -
Mélusine
Ancêtre féerique de la famille des Lusignan, dont l’histoire fut narrée par Jehan d’Arras en 1392, Mélusine - dont le nom signifie “merveille” -fut l’une des trois filles que la fée Pressine eut avec le roi Elinas d’Albanie ( l’Ecosse ). Pressine avait fait jurer à son mortel époux de ne jamais chercher à la voir au moment de ses couches. Elinas ayant trahi son serment, Pressine s’en fut avec ses trois filles, Mélusine, Mélior et Palestine qui, en grandissant, voulurent châtier leur père en l’enfermant au coeur de la montagne de Brumbloremmlion, dans le Northumberland. Mécontente de cette initiative, orchestrée principalement par Mélusine, Pressine condamna la fée à se transformet chaque samedi en serpent de la taille aux pieds, jusqu’à ce qu’elle épouse un homme qui accepte de ne jamais chercher à la voir de samedi.
Alors qu’il errait dans la forêt de Colombiers après avoir tué accidentellement son oncle Aymeri de Poitiers au cours d’une chasse au sanglier, Raymondin, fils cadet du comte de Forez, fit la rencontre de Mélusine à la fontaine de Soif-Jolie. Elle était si belle qu’il lui demanda aussitôt sa main. La fée accepta, à la condition qu’il lui laisse la liberté de ses samedis, et ne cherche jamais à la voir ce jour-là. Raymondin promit, et devint bientôt le seigneur le plus puissant du Poitou grâce à l’influence de sa féerique épouse qui fit bâtir de somptueux châteaux, dont la forteresse de Lusignan édifiée en une seule nuit. De leur union, qui dura vingt-cinq ans, naquirent dix fils vaillants et courageux, mais affligés d’une marque ou d’une infirmité signant leur appartenance au monde merveilleux.
Hélas ! Persuadé par son frère Renaut que son épouse mettait à profit ses jours de liberté pour recevoir ses amants, Raymondin transgressa l’interdit et la surprit, un samedi, dans la tour où elle prenait son bain. Il la découvrit alors, parfaitement conformée de la tête à la taille, mais dotée en dessous d’une horrible queue de serpent qui faisait gicler l’eau de la cuve où la fée était plongée. Le cri d’horreur que poussa Raymondin alerta la fée qui, se voyant découverte, s’enfuit par la fenêtre sous la forme d’un serpent ailé. Depuis, elle vient les soirs de grand vent pleurer autour des tours du château qu’elle a abandonné pour toujours et, comme la Dame Blanche ou la Banshie d’Ecosse, pousse des cris déchirants lorsqu’un malheur ou un deuil menace la famille des Lusignan. Fort célèbre en Poitou, elle est encre aujourd’hui surnommée familièrement la “mère Lusine”.
Morgane
Morgue, Morgain ou Morgane est plus une magicienne qu’une fée. Elle fut initiée à la magie par l’enchanteur Merlin dont elle était la disciple. Reine d’Avalon, c’est une fée guérisseuse vers laquelle sont conduits les malades, les naufragés et les braves blessés au combat. Raynouart y séjourne quelque temps à l asuite d’un naufrage, et le roi Arthur, blessé à mort par son fils Mordred, y fut transporté pour y être soigné. Après l’avoir guéri, elle lui offrit l’hospitalité jusqu’au jour où il retournera en Bretagne afin de restaurer son empire. On la confond parfois avec Morgause, fille d’Ygerne et de Gorlois de Tintagel, demi-soeur du roi Arthur et mariée au roi Loth d’Orcanie dont elle eut quatre fils, Gauvain, Gareth et Gahériet. De son union incestueuse avec Arthur, elle donna naissance à Mordred.
Viviane
Magicienne, fille d’un vavasseur de la forêt de Brocéliande nommé Dyonnas, Viviane, ou Niniane, ou Nimue, rencontra Merlin, alias Myrdhin, à la fontaine de Barenton, où il lui enseigna toutes ses magies, jusqu’au sortilège permettant d’enfermer un homme dans une prison d’air dont il ne puisse s’échapper. C’est ainsi que Merlin, par amour de la jolie fée, se trouva à jamais prisonnier de son esplumoir. “Et il n’est guère de jour ni de nuit que je n’aie sa compagnie, en effet, et je suis plus fol que jamais, car je l’aime plus que ma liberté”, confia Merlin à Gauvain parti à sa recherche. Viviane est également la Dame du Lac, car elle réside dans un merveilleux palais de cristal caché au fond de l’eau, que l’on situe parfois au sein du lac du château de Comper, situé en forêt de Brocéliande. C’est là qu’elle éleva le jeune Lancelot, héritier du royaume de Bénoïc, après l’avoir enlevé à sa mère à la mort de son père. L’histoire de Lancelot du Lac narre ainsi la scène : “A tout ce que dit la reine, la demoiselle ne répond mot. Lorsqu’elle la voit s’approcher, elle se lève, avec l’enfant qu’elle tient entre ses bras, se dirige tout droit vers le lac, joint les pieds et s’y jette.” C’est pour cette raison que le jeune garçon portera plus tard le surnom de Lancelot du Lac.
Le roman médiéval insiste bien sur la nature féerique de la Dame du Lac : “Le conte dit que la demoiselle qui emporta Lancelot dans le lac était une fée. En ce temps-là, on appelait fées toutes celles qui se connaissaient en enchantements et en sorts : et il y en avait beaucoup à cette époque, en Grande-Bretagne plus qu’en tout autre pays. Elles savaient, dit le conte des histoires bretonnes, la force des paroles, des pierres et des herbes, par quoi elles se maintenaient en jeunesse, en beauté et en richesse, autant qu’elles le désiraient.”
Le lac lui-même n’est que le produit d’une illusion magique destinée à dissimuler le château de Viviane aux yeux des mortels. Car la Dame du Lac est avant tout, comme la plupart des fées, une femme de la forêt : “La dame qui l’élevait ne résidait jamais ailleurs que dans des forêts grandes et profondes ; et le lac, dans lequel elle avait sauté avec lui, lorsqu’elle l’avait emporté, n’était que d’enchantement. Et cette habitation était si bien cachée que personne ne pouvait la trouver ; car l’apparence du lac la protégeait de telle manière qu’on ne pouvait pas la voir.”
Source : “Le guide du chasseur de Fées”. Editions le Pré aux Clercs, 2005. www.lepreauxclercs.com
“Le crépuscule des dieux et la naissance des fées” : page 24 - “Le calendrier magique” : page 30 - “Les portes ouvrant sur l’autre monde” : page 42 - “La petite société des fées” : page 62 - “Comment les fées acquièrent une âme immortelle” : page 99 - “Quelques fées célèbres” : page 132.
Avec l’aimable autorisation de l’éditeur.
Toute reproduction interdite sans l’accord des Edtions le Pré aux Clercs.
© Eslaria - Tous droits réservés - Contact - Partenaires
Derniers commentaires