… et enfin l’interview de Yoann Berjaud, toujours sur noosphere…

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Voici le lien de cette interview rondement menée durant le salon du livre de Nice:

http://www.noosfere.com/icarus/articles/article.asp?numarticle=720

Yoann : Bonjour, Édouard Brasey, vous êtes écrivain, directeur de collection pour les éditions le Pré-aux-Clercs, elficologue, conteur, grand voyageur, toutes ces vocations se rejoignent-t-elles ? Avez-vous à l’avenir l’envie de mettre l’accent sur une de vos facettes en particulier ?

Édouard : Il est vrai que j’ai de nombreuses activités. En réalité cela m’évoque un conte soufi raconté dans un roman de Henri Gougaud : c’est l’homme dont la vie était inexplicable. J’aime bien cette notion là. J’ai l’impression de suivre mes désirs, mes inclinations, je n’ai aucun plan de carrière. J’ai fait vraiment de nombreuses choses dans ma vie, très différentes, très diverses, même en dehors des activités que vous avez citées. Pourtant, je n’ai pas l’impression de m’être dispersé, j’ai le sentiment qu’il existe un sens derrière tout cela, un fil directeur caché. Ce n’est pas à moi de déterminer ce que je dois faire. Au fur et à mesure, je me laisse porter par l’inspiration du moment ou l’opportunité du moment : quand j’ai envie d’écrire, j’écris, quand j’ai envie de conter, je conte. Mais toujours à travers une quête du sens qui m’est propre. Pour moi tout cela est relié. Ce que je ferai dans cinq ou dix ans je l’ignore ! Puisqu’il y a cinq ou dix ans, je n’imaginais pas que je ferai toutes les activités qui sont mon quotidien aujourd’hui. Et je pense que nous sommes tous un peu pareils : on nous met dans des petites boîtes avec des étiquettes par ce que cela rassure. Mais en réalité l’existence est inexplicable. De mon point de vue, le destin d’une vie est d’essayer d’accumuler le plus d’expériences possibles. J’admire des personnages comme Rabelais ou Pic de la Mirandole qui n’avaient pas un cercle d’activité restreint. Cela dit, la facette la plus importante à mes yeux, la plus ancienne aussi, c’est l’écriture, surtout l’écriture romanesque. Tout le reste, je dirais, gravite autour de ce centre. Alors, je peux m’écarter de l’écriture pendant plusieurs mois mais j’y reviens toujours, comme c’est le cas en ce moment. Je suis devenu conteur parce que j’écrivais des livres sur les Fées, à travers les contes je me suis intéressé à la sagesse orientale et j’ai été amené à voyager, notamment dans le désert blanc d’Egypte, tout ceci s’enchaîne de façon un peu mystérieuse. Cependant, ma vocation première demeure l’écriture romanesque.

Yoann : Vous vous êtes lancé dans une réécriture romanesque des légendes nordiques, en vous appuyant sur le travail de Richard Wagner et des écrits plus anciens. Cette trilogie intitulée La Malédiction de l’Anneau, publiée chez Belfond, est aujourd’hui au cœur de votre travail. Le tome 1 : Les Chants de la Walkyrie, Prix Merlin 2009, et le Tome 2 : Le Sommeil du Dragon, sont aujourd’hui disponibles. Vous préparez actuellement le troisième et dernier tome de la saga, Le Brasier des Dieux, qui paraîtra en avril 2010. J’ai décidé de vous poser des questions liées aux enjeux psychologiques ou philosophiques mis en scène dans votre saga très ambitieuse : la tentation est omniprésente dans votre cycle : chaque fois qu’un être se retrouve confronté à un choix qui pourrait le conduire à commettre un acte obscur, on voit Loki, le génie de la ruse, apparaître et suggérer des choses à son esprit. Ceci à tel point que l’on ne saurait dire si c’est le dieu corrupteur qui influence la décision du personnage ou si c’est le côté obscur du héros qui appelle la présence de Loki ? Quels sont les réels enjeux lorsqu’un personnage vit la tentation selon vous ?

Édouard : Loki est apparu en cours d’écriture. Je connaissais son existence bien sûr mais je ne l’avais pas utilisé comme personnage central. Au cours de la rédaction du premier tome, il m’est apparu qu’il était au fond le grand manipulateur de l’histoire, le grand tentateur justement. Pour moi, Loki, c’est l’équivalent de Satan sans l’enfer. Satan dans la Bible, c’est le manipulateur, le tentateur, l’accusateur. On appelle Loki l’accusateur des Ases. Loki est le dieu volatile semblable à mercure. Il met le grain de sable dans les rouages de la machine. Dans mes romans, Loki parle dans l’esprit des gens, il se confond avec la conscience obscure, ténébreuse, des personnages. Est-ce lui qui manipule les héros dans leur côté sombre ? Ou est-il l’émanation de leur propre inconscient ? L’intérêt de la mythologie et de la légende, c’est notamment de donner un visage à des mécanismes qui pour nous, occidentaux du 21ème siècle, demeurent du domaine du pur domaine psychologique. Il y a donc vraiment un mécanisme psychologique voire psychanalytique qui se retrouve incarné par un personnage. Pour prendre un équivalent religieux, les Pères du désert dans l’Eglise chrétienne parlaient des passions négatives incarnées par des démons : le démon de la gourmandise, le démon de la paresse, etc. Pour ces saints, ces démons avaient vraiment un visage, un nom. Le fait de les nommer, de les désigner, était déjà une façon de les apprivoiser, de les mettre à l’écart. Si je suis possédé par un démon, je suis moins coupable ! Il suffit de se débarrasser de ce démon et je suis pur. Si je me dis que je suis gourmand ou que je suis menteur, je me retrouve identifié au trait négatif. Dans le roman, Loki est un être extérieur qui manifeste le processus de tentation. Les héros ne savent plus trop si c’est eux ou si c’est Loki qui les fait agir. En même temps, s’il n’y avait pas Loki, il n’y aurait pas d’histoire car la malédiction originelle de la Saga est provoquée par les actions de ce dernier. Il joue véritablement le rôle de démiurge, plus encore qu’Odin.

Yoann : Le dieu Loki est tentateur, il peut prendre la forme d’un serpent, il est d’apparence androgyne, c’est le génie de la ruse mais aussi du feu. Peut-on établir un parallèle avec le diable de la tradition occidentale ?

Édouard : Loki est le diable au sens de celui qui divise, qui oppose, comme Satan. Le serpent associé au serpent de la Genèse est également l’animal qui mue, qui change de peau, donc qui est immortel. C’est également un symbole de sagesse (l’ouroboros). Le venin du serpent empoisonne et peut en même temps servir de remède. C’est vraiment un symbole ambigu, tout comme Loki est ambivalent. Dans le second tome, Loki intervient moins car Siegfried est un personnage suffisamment ambigu pour qu’il ait intériorisé en lui les tentations de Loki. C’est le cas aussi de Fafnir le Dragon qui par sa nature même possède ce côté double. Donc Loki est toujours présent dans le second tome comme mauvaise conscience d’Odin mais les autres personnages, devenant un peu plus complexes, intériorisent les tentations démoniaques. Cependant on sent bien que c’est toujours Loki qui tire les ficelles. Antérieur par sa naissance aux dieux Ases, Loki est un géant. Il a engendré des êtres monstrueux tels que le loup Fenrir et il participera lors du crépuscule des dieux à l’attaque finale d’Asgard.

Yoann : Le statut divin et le statut humain sont opposés dans votre cycle et pourtant ils sont en apparence très semblables. Qu’est-ce qui les différencie véritablement ? Qu’est ce qui les caractérise ?

Édouard : C’est vrai, j’ai essayé de rendre mes personnages divins le plus humains possibles. Ils sont caractérisés par leurs faiblesses davantage que par leurs forces : Odin est un dieu faillible, un dieu qui peut se renier, Frigg est une déesse jalouse. Donc les dieux ont des traits humains. Ce qui distingue les dieux des hommes c’est justement le fait que les hommes sont mortels mais qu’ils bénéficient d’une promesse d’immortalité dans l’au-delà. Alors que les dieux sont immortels mais ils sont condamnés à disparaître et lorsqu’ils disparaitront, ce sera pour toujours. L’immortalité promise aux hommes est liée à un passage, bien sûr, les héros qui entrent au Walhalla doivent le mériter par leur bravoure. Mais les hommes ont une possibilité de vie éternelle sur un autre plan alors que la mort des dieux est une sanction définitive. Une idée qui m’a été proposée récemment, c’est que le crépuscule des dieux traduirait en réalité un événement historique correspondant à la christianisation des tribus païennes. La fin d’un panthéon par la disparition de ses fidèles.

Yoann : Vous présentez parfois Asgard comme une réalité idéale, un sommet de la civilisation que les hommes n’ont pas encore atteint et devraient tenter d’atteindre. Elle est pourtant imparfaite est condamnée à disparaître comme les dieux ! Quels sont ses défauts ?

Édouard : C’est vrai que Asgard est présentée comme la cité idéale, comparable à la Jérusalem céleste, elle a été conçue par les dieux pour être vraiment le refuge parfait. Mais elle est promise à la destruction pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’il y a eu un mensonge, une trahison à la base de sa construction. En effet, la construction d’Asgard a été confiée à un géant et le prix que ce dernier demandait en échange était la déesse Freya (la déesse des pommes d’immortalité), le Soleil et la Lune. Ces trois éléments étaient bien sûr indispensables à la survie des Ases. Mais les dieux, de façon très inconsidérée et sur les conseils de Loki (encore une fois), ont accepté ce marché de dupe. Ils pensaient que le géant ne pourrait pas construire la cité dans les temps imposés par leur marché. Quand ils se sont aperçus qu’il allait y arriver, ils ont demandé l’aide de Loki. Il s’est transformé en jument pour séduire le cheval tout puissant du géant et l’emmener folâtrer. Privé du soutien de son cheval magique, le géant n’a pas réussi à remporter le pari dans les délais impartis. Il s’est mis en colère et Thor lui a fracassé le crâne. Quoi qu’il en soit, il y a eu tromperie de la part des dieux, ils n’ont pas respecté leur serment, ils ont dû tricher, et du coup, tout est corrompu. Alors, bien sûr, c’est à cause de Loki, c’est à cause du tentateur. Mais lui n’a fait que les tenter, ce sont les dieux qui ont commis la faute. La seconde raison qui condamne Asgard, ce sont les prédictions des Nornes ( les trois voyantes nordiques qui connaissent le devenir du monde). Plus exactement, c’est une force invisible et toute puissante que l’on nomme le Destin qui a déterminé que les dieux allaient disparaître. Voilà donc les deux raisons qui lient Asgard à la destruction.

Yoann : Pourquoi le royaume des hommes serait-il amené à remplacer Asgard ?

Édouard : C’est la volonté d’Odin qui possède une lignée de descendants humains de voir Midgard, la Terre des Hommes, remplacer Asgard, le Royaume des Dieux Ases. C’est son espoir que les hommes puissent être capables de succéder aux dieux. Pourquoi ? Parce que du sang divin coule dans leurs veines, ils possèdent la lumière divine, mais ils n’ont pas commis de faute, ils ne sont pas coupables du crime des dieux. Les Ases ont touché à l’anneau maudit du Nibelungen, ce qui n’est pas le cas des hommes. Hélas, si cela advenait dans la suite de l’histoire, il n’est pas sûr que les hommes puissent faire mieux que les dieux et restaurer le royaume d’Asgard sur terre. C’est un des enjeux majeurs de la Saga…

Yoann : Brunehilde se fait Scalde le terme nordique pour désigner un barde, un rôle central dans cette civilisation. Pouvez-vous préciser leurs responsabilités et quelle est la raison de leur autorité ?

Édouard : Les Scaldes sont les conteurs, les bardes scandinaves, ils ont pour fonction de raconter les grandes sagas qui mettent en scène les dieux et les hommes. Ils vont de cours en cours pour narrer des histoires qui sont déjà connues du public auquel ils s’adressent, mais ces histoires ont besoin d’être racontées oralement pour vivre. Les mythologies et les contes doivent être incarnés par un Scalde pour ne pas disparaître. Par la parole, par le pouvoir du Verbe, les Scaldes redonnent un sens à ses histoires, ils en font revivre tous les enjeux. Ces histoires peuvent être contemporaines, peuvent se situer sur le plan des dieux ou bien se dérouler dans un lointain passé. Quand j’écris, je me mets à la place du Scalde, je retranscris par le roman le pouvoir de l’oralité, du Verbe. D’ailleurs, je me suis amusé à raconter ces histoires oralement à Epinal et à Paris également lors d’un thé conté. C’est le pouvoir du Verbe Créateur de donner la vie aux histoires. Dans la tradition nordique ou celtique, le Scalde, le Barde, possède un statut d’une certaine façon supérieur à celui du Roi. Ce sont des civilisations de l’oralité où les bardes sont les gardiens du savoir, de la connaissance. Le pouvoir du Verbe les situe au sommet de la pyramide sociale. Ce sont des sociétés qui sont organisées hiérarchiquement à l’inverse de la nôtre. Car aujourd’hui les bardes, les artistes, ne sont hélas rien de plus que des baladins que l’on écoute peu. Si nous suivions plus attentivement les conseils des bardes modernes, peut-être commetrions-nous moins d’erreurs ?

Yoann : Est-il possible de s’opposer au Destin que les nordiques appellent le Wyrd ? Quand Brunehilde y fait obstacle, elle perd son statut divin. Le crépuscule des dieux est en marche et pourtant Odin cherche à l’arrêter. Est-ce contre nature ? Est-ce la mission du héros de lutter contre la fatalité ?

Édouard : Le Destin est souvent présent dans les mythologies, il y a une dimension tragique dans la mythologie et en particulier dans les légendes nordiques où le Destin est plus fort que tout, plus fort que les dieux qui en réalité ne sont que des démiurges. A la fois rien ne peut contrecarrer le Destin, et en même temps le Destin est mystérieux, il n’est pas incarné, donc on peut tenter de le contrarier. D’ailleurs on ne sait pas comment va réagir le Destin, il n’est pas forcément fixé, il peut évoluer. En l’occurrence, c’est ce que fait Odin. Malgré sa sagesse (il est le dieu de la poésie), sa connaissance des Runes, malgré sa grande intelligence, il commet la folie de contrarier le Destin. Il faut noter cependant que le Destin l’ayant condamné à disparaître, il n’a pas vraiment d’autre choix que de tenter de renverser le cours des choses. C’est donc bien la mission du héros de tenter de contrarier le Destin. La preuve en est que par deux fois, Odin interroge la voyante (La Volä) pour savoir si le Destin n’a pas changé d’avis suite à ses actions. Le Destin n’a pas changé d’avis, pourtant c’était envisageable. C’est peut-être le rôle de Siegfried, le héros humain, de réussir à infléchir le Destin, là où le dieu a échoué ? Le Destin est une force extrêmement mystérieuse, il est encore plus mystérieux que Loki qui possède une apparence palpable. Dans la mythologie toute chose a un visage, le Destin, lui, demeure une puissance inconnaissable, l’équivalent de notre dieu transcendant.

Yoann : La quête de la liberté est au cœur de votre ouvrage. Croyez-vous que les dieux et les humains possèdent le libre arbitre ? Existe-t-il une liberté absolue ? Quel est le point de vue des mythologies nordiques à ce sujet ?

Édouard : Alors justement, les dieux n’ont pas accès à la liberté telle que nous la définissons, ils possèdent la puissance, mais ils ne sont pas du tout libres. Tous les actes qu’ils commettent de façon apparemment libre induisent des responsabilités qui du coup pèsent sur eux. Chaque acte donne lieu à un accord, un serment, un engagement. Chaque fois qu’Odin agit, il y a des conséquences et ces conséquences l’enchaînent. Et pourtant il s’oppose aux conséquences de ses propres actes. Et c’est en ce sens qu’il est vaincu. Bien sûr, il est condamné par les prédictions des Nornes. Mais en plus, de par son comportement il se met en contradiction avec lui-même : Odin tente de contrarier les engagements qu’il a pris alors que c’est impossible. L’être humain quant à lui possède le libre arbitre. Les hommes dans la tradition nordique n’ont pas commis de faute originelle, ce sont les dieux qui l’ont commise. Les humains sont donc exempt de tout péché originel. Cependant la malédiction de l’anneau peut les toucher plus tard…

Yoann : Pourriez-vous expliquer pourquoi c’est un anneau qui se trouve à l’origine de la malédiction qui pèse sur les Neufs Mondes ? Quelle est finalement la symbolique de l’anneau ?

Édouard : L’anneau dans cette saga est un anneau de pouvoir, mais l’anneau c’est également l’alliance, le cycle. Et c’est vrai que cette aventure est un cycle. Il y a d’ailleurs souvent des anneaux dans l’histoire, ne serait-ce que l’anneau de feu qui encercle Brunhelide. L’anneau au départ pourrait symboliser l’alliance nuptiale, l’alliance de paix, mais comme il a été volé par la force et maudit par son possesseur, il va symboliser l’inverse de l’alliance pacifique, il va être un anneau d’enchaînement à des valeurs malsaines : la soif de l’or (l’or recherché pour lui-même et non pas pour des valeurs symboliques), l’avidité qui rend aveugle et fou. Il s’agit donc d’une alliance avec les ténèbres. Même ceux qui sont mis au courant de l’existence de la malédiction : Regin et Fafnir, vont tomber sous le pouvoir de l’anneau et le convoiter. Il symbolise donc l’inverse de la liberté. Mais en réalité ce n’est pas de la faute de l’anneau, tout provient de la malédiction, de la mauvaise parole qui a été portée sur lui. En réalité, l’anneau pourrait éventuellement redevenir l’anneau de l’alliance avec la lumière. Peut-être est-ce son destin ?

Yoann : Dans vos romans, la figure d’Odin, roi des dieux, est très ambiguë. D’après-vous, est-ce un dieu de lumière ou d’ombre ?

Édouard : Odin, c’est vraiment la lumière et l’ombre. Il est le dieu suprême d’Asgard. En restant suspendu neuf jours et neuf nuits aux branches du frêne Yggdrasil, il a découvert les runes sacrées. Il est à l’origine de la poésie. Il a donné son œil pour boire à la source de la connaissance. Et pourtant, il a toujours à ses côtés Loki qui le pousse sans cesse à commettre des actes inconsidérés, négatifs. Il est partagé, écartelé. Ses descendants humains Sigmund et Siegfried portent cette marque là. Ils sont partagés entre la recherche de l’accession vers le sublime, la générosité, le courage, et en même temps l’attraction vers les forces ténébreuses, symbolisées par les loups. Sigmund devient un homme loup, et son fils Siegfried est éduqué par les loups et devient un personnage extrêmement ambigu.

Yoann : La violence est omniprésente dans la mythologie nordique. La création de Midgard est le fruit du meurtre cosmique du géant Ymir dont le corps démembré a servi de matière première à la fabrication du monde des hommes. A votre avis quelles sont les raisons profondes de cette violence ?

Édouard : Il est vrai que le monde est créé par la violence dans la mythologie nordique. Le corps du géant Ymir est utilisé pour fabriquer le monde. La terre des hommes est le produit d’un crime originel, un crime violent, un crime de sang. D’ailleurs un monde né dans le crime ne peut finir que dans la violence. En même temps, il s’agit d’une violence créatrice, c’est une violence née du chaos originel. Dans les légendes, la création se fait en général dans la violence. Dans toutes les mythologies, il y a toujours un chaos fondateur, suivi d’un jaillissement. La création implique une division, une séparation. Dans la mythologie nordique le message est très clair : le monde est né d’un acte de violence. Par ailleurs, aussi bien Loki représente Satan sans l’enfer, aussi bien nous sommes en présence d’un monde sans sauveur. L’espoir a été placé dans les rois, puis Sigmund et Siegfried, mais aucun d’entre eux ne semble à la hauteur du rôle de ce rôle de sauveur. D’ailleurs, Siegfried est un héros ambigu qui a porté l’anneau maudit. On attend donc encore un rédempteur dans ce monde…

Yoann : Dans Le Sommeil du Dragon, le valeureux Siegfried ne semble pas connaître la peur. Est-ce finalement une qualité ou un défaut ? Vous mettez en évidence le lien qui existe entre aimer un être et la peur de le perdre. D’après vous, peut-on aimer sans connaître la peur ? Ces deux qualités sont-elles indissociables ? Eprouver de la peur fait-il partie de l’initiation du héros ?

Édouard : C’est ce que dit Regin à Siegfried : « Ta principale faiblesse c’est que tu ne connais pas la peur, donc tu ne peux pas connaître l’amour ». C’est vrai que dans la notion d’amour, si on n’a pas peur de perdre l’être aimé, on n’aime pas vraiment. L’être qui ne connaît absolument pas la peur, comme c’est le cas de Siegfried, n’est pas capable d’aimer, donc il n’est pas si fort que cela. Le véritable héros accompli découvre sa propre peur, il sublime sa peur dans l’amour de l’autre. L’amour implique une crainte, une crainte comparable à la crainte de Dieu, une crainte qui impose le respect, une crainte qui nous émeut. Siegfried n’est pas confronté à des dieux qui lui imposent le respect. Il se moque d’Odin, de Fafnir. La voie de la force ne l’a jamais impressionné. C’est quand il rencontre Brunehilde qu’il ressent enfin une crainte et un respect. Brunehilde est son double féminin, son anima, c’est une femme dont il sent le potentiel divin, elle a une aura qui le subjugue. Il sent qu’il va pouvoir s’oublier en elle. Il éprouve enfin la peur de la perdre, ce qui fait de lui un être humain à part entière. Par la suite, il va trahir ses engagements avec elle, c’est la malédiction de l’anneau qui reprend ses droits, la fatalité est implacable. Pourtant, il y avait là une réelle chance que Siegfried devienne un vrai héros accompli. L’amour est plus fort que la peur mais la peur est nécessaire pour découvrir l’amour. Néanmoins la peur n’est pas suffisante. Pour être dans l’amour absolu il faut avoir du courage. L’amour réunit deux forces contraires, antinomiques : la peur et le courage. Il faut du courage pour dépasser sa peur et s’oublier dans l’autre. S’oublier dans l’autre c’est devenir plus grand que soi, c’est là où on rejoint l’amour divin, c’est une sublimation. Les Pères de l’Eglise disaient que l’homme est un animal destiné à devenir Dieu. L’homme est à la fois un animal et un dieu en devenir.

Yoann : Dans Le Sommeil du Dragon, Fafnir a le pouvoir de rêver l’univers et il voit ainsi son futur. Est-ce une idée de la mythologie nordique ou une idée personnelle ? Est-ce que vous pensez que la réalité est quelque part le rêve d’un grand dragon ?

Édouard : Je dis souvent que nous sommes peut-être les rêves des anciens dragons ou des anciens dieux disparus. Ils ont disparu mais ils nous rêvent. Cet aspect du roman est un ajout personnel. Dans la mythologie, le dragon est l’ennemi qu’il faut vaincre mais c’est aussi symboliquement le dragon alchimique, le gardien du seuil. D’ailleurs dans certains textes des légendes nordiques, le dragon agonisant s’adresse à Sigurd et lui révèle certaines choses. J’ai poussé le concept plus loin, Fafnir est pour moi le vieux sage, le rêveur de réalité. Dès le départ, j’ai trouvé intéressante l’idée de choisir un narrateur qui dit dès la première page : « Je vais mourir ». Ainsi le lecteur se demande comment l’histoire va pouvoir se continuer sans lui. D’ailleurs, le dragon Fafnir appelle à lui son prédateur, son meurtrier. Dans ce cas, qui est le vainqueur ? Je suggère dans mon livre que le réel gagnant c’est Fafnir, car Siegfried se baigne dans le sang du dragon et acquiert une peau de corne. Il y a donc une sorte de fusion avec le dragon. Dés sa naissance le héros ressemblait d’ailleurs à un dragon. C’était peut-être le destin du dragon de devenir homme et le destin de Siegfried de devenir dragon ? Et les dragons sont antérieurs aux dieux, ce sont des anciens dieux… Quelle sera la conséquence de cette fusion avec le dragon ? Mystère…

Yoann : Amoureux des voyages et Conteur de Légendes sur scène, comment ces deux facettes de votre personnalité ont-elles influencé votre création romanesque ?

Édouard : Pour moi les histoires existent toutes déjà et elles ont besoin d’être racontées par des conteurs, des artistes. Quand je suis sur scène, je me laisse posséder par le conte, il me dicte des éléments que je n’avais pas forcément prévus. Quand j’ai voyagé, notamment en Crète, j’ai été amené à découvrir des histoires qu’il me fallait impérativement raconter par écrit. Sur scène, le public a une présence active, il se crée une connivence subtile et puissante entre le conteur et son auditoire. Le processus d’écriture est très différent, les phrases sont beaucoup plus réfléchies, méditées, mais il m’arrive de me laisser prendre par l’esprit du conte dans ma création romanesque et d’y ajouter des éléments incantatoires typiques de l’oralité.

Yoann : Quel lien faites-vous entre votre travail sur l’univers des Fées, de la Faerie et des Vampires et votre cycle sur la mythologie nordique ?

Édouard : le lien n’est pas direct mais nous sommes tout de même dans le domaine du merveilleux avec notamment la présence de créatures surnaturelles. Je m’étais fixé comme objectif, quand j’ai commencé mes livres sur la féerie, il y a une quinzaine d’années, de devenir un passeur de légendes, d’écrire des livres pour transmettre ce bagage culturel et revenir plus tard à l’écriture romanesque nourri de ce savoir légendaire. Je continuerai à écrire des livres de référence dans le domaine de la féerie mais j’ai de nombreux projets de romans liés à des grands archétypes (pas forcément mythologiques) que je revisiterai à ma façon pour leur donner un sens différent.

Yoann : Édouard quel sera le mot de la fin ?

Édouard : Je citerai Nietzsche en disant que : la fin est un éternel retour. Toutes les histoires ont été racontées. Toutes les vies ont été vécues. Tout a déjà été pensé et souffert. Mais tout cela revient et chaque fois c’est différent. L’important c’est d’avoir conscience qu’à chaque époque on revit les grandes légendes, les grandes histoires. Mais la façon de raconter ces histoires peut être nouvelle : notre responsabilité est dans le style, le ton que nous employons pour narrer les choses. Il faut être conscient de l’éternel retour des choses et de leur perpétuel renouvellement. Il nous faut avoir de l’humilité devant ces histoires ancestrales que nous revisitons, si possible avec panache !

…. Et la critique des “Chants de la Walkyrie”, toujours sur noosphere par Yoann Berjaud

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Voici le lien pour lire cette critique en ligne:

http://www.noosfere.com/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=2146572634

Edouard BRASEY
Les Chants de la Walkyrie

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Le puissant Odin, roi des dieux et de l’univers, est confronté aux limites de son pouvoir. Malgré toute sa sagesse acquise en sacrifiant son œil dans la fontaine du savoir infini, il ne parvient pas à connaître l’avenir des dieux d’Asgard et des êtres humains. Consultant les prédictions de la Volä, l’infaillible voyante, il découvre que la fin des temps est proche et que rien ne pourra sauver les Neufs Mondes de leur destruction. Les dieux, loins d’être purs et parfaits, ont commis des méfaits qui engendreront leur chute : le Destin veille à ce que chacun récolte le fruit de ses actions. Même les immortels souverains de l’univers ne peuvent se soustraire à cette Loi Cosmique. Pourtant, Odin ne peut se résigner à voir les Neuf Mondes anéantis, il veut protéger sa descendance humaine et empêcher le Crépuscule des Dieux. C’est pourquoi il confiera une mission périlleuse à sa fille la plus proche : la Walkyrie Brunhilde sera chargée de pénétrer dans le monde des hommes, d’abandonner son statut divin pour sauvegarder la lignée humaine d’Odin. Brunehilde, devenue simple mortelle, prendra tour à tour les rôles de barde, reine, épouse et mère.

     Avec un style évocateur, Edouard Brasey fait vivre la mythologie nordique dans toute sa violence, sa poésie, sa démesure. Les Chants de la Walkyrie est une aventure pleine de mystère, peuplée de descriptions soignées, de personnages complexes et profonds. Avec beaucoup de subtilité, l’auteur nous fait entrer dans l’intimité d’une autre culture, nous invite à comprendre sa philosophie et les implications morales de sa mythologie. Les dieux eux-mêmes vous apparaîtront comme des personnalités très humaines, hautes en couleurs. J’ai particulièrement apprécié : Loki le tentateur, omniprésent et insidieux ; Odin le roi des dieux, torturé par d’affreux dilemmes, souverain de l’univers à la fois puissant et vulnérable, attachant et ambigu. Quant à la Walkyrie Brunehilde, sa lucidité et son cynisme égalent sa pureté. La façon dont les héros de cette histoire se débattent contre une fatalité implacable a quelque chose de fascinant. Chaque victoire engendre une nouvelle épreuve, une nouvelle malédiction, la malédiction de l’anneau de Nibelungen. Réflexion sur l’importance du libre arbitre, sur sa beauté et ses dangers, Les Chants de la Walkyrie soulève constamment la question de savoir ce qui différencie la condition humaine du statut divin.

     Romances dramatiques, passions déchaînées, batailles épiques, Edouard Brasey débute avec ce tome une saga intense menée tambours battants.

Yoann BERJAUD
Première parution : 29/6/2009
dans Fantastinet
Mise en ligne le : 1/7/2009

Critique du “Sommeil du dragon” sur noosphere par Yoann Berjaud

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Et voici, signée Yoann Berjaud, une nouvelle critique du “Sommeil du dragon” parue sur le site de noosphere :

http://www.noosfere.com/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=2146572635

Edouard BRASEY
Le Sommeil du dragon

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La suite des Chants de la Walkyrie nous relate l’enfance sauvage de Siegfried et son initiation chamanique au contact des forces naturelles de la forêt de Fer. Enfant loup, enfant faucon, être sans peur et indomptable, il refuse toute éducation et pénètre les mystères de la vie, guidé par une soif de nouveauté insatiable. Siegfried est une énigme, un demi-dieu, un volcan d’énergie, sa part animale est aussi puissante que sa part divine. On sent que se joue en lui une lutte terrible entre l’inspiration céleste de la lignée d’Odin et les influences telluriques en provenance du génie du Feu, Loki. Barbare candide et innocent, il se comporte en prédateur pour qui la mort fait partie du processus naturel de l’existence. Son désir de vie et de puissance ne connaît pas de limite car il n’a jamais ressenti la crainte. Il veut tout à la fois briller par l’honneur et conquérir l’univers. Son avenir est tout tracé, il est né pour devenir le héros qui vengera la mort de son père Siegmund, tué par Hunding l’homme-chien, puis qui terrassera le Dragon Fafnir, gardien du Trésor des Nibelungen. Mais parviendra-t-il à se préserver de la corruption qu’exerce l’anneau maudit sur son porteur ? Descendant direct d’Odin, réussira-t-il à créer une lignée de descendants lumineux et honorables capables de racheter les fautes des dieux Asgardiens pour établir la paix dans le monde des hommes ? Si les Ases sont condamnés par le Ragnarök, Siegfried aura-t-il le cœur assez pur pour bâtir un royaume de splendeurs sur Midgard, un royaume qui puisse échapper à la fin du monde, préservant ainsi l’étincelle divine possédée par les dieux ? Jeune homme simple en apparence, Siegfried est au cœur d’un champ de bataille entre les puissances souterraines et les dieux du ciel. De ses choix et de ses accomplissements dépendront l’avenir des dieux et de l’humanité. Lui, l’homme libre destiné à rencontrer la Walkyrie Brunhilde, est-il si libre que cela quand tous les héritages du monde ancien pèsent de toutes leurs forces sur ses épaules ? Heaume d’effroi, épée de détresse, destrier magique, cape d’invisibilité, anneau maudit et trésors incommensurables se dresseront sur la route du héros.

     Ce second tome est sans aucun doute une réussite. Dans un style poétique et poignant, Edouard Brasey nous narre le combat des héros et des dieux face aux forces inexorables du Destin. Il nous brosse le tableau vibrant de vie de l’initiation chamanique de Siegfried : la rencontre avec les puissances de la nature, la fusion avec les éléments et l’univers, l’art des métamorphoses, l’exaltation de la communion avec l’âme sauvage du monde, la découverte du langage obscur et des animaux de pouvoir. C’est un retour aux racines animistes de la tradition nordique, un voyage magique enivrant qui nous fait rêver et méditer. Quant au Dragon Fafnir, le sage et tout puissant Fafnir, qui connaît l’avenir et rêve le monde, son rendez-vous avec le héros vous laissera une saveur merveilleuse. Car bien plus qu’un affrontement, la rencontre de ces deux antagonistes éternels est pareille à une union des âmes. Nous verrons le machiavélique et séduisant Loki mener la danse qui conduit au Crépuscule des Dieux. Nous retrouverons Odin pris au piège des arrêts du Destin luttant avec un panache divin. Nous accompagnerons enfin Brunehilde la fière Walkyrie vers un final très mystérieux.

     Cet ouvrage nous offre une réflexion d’une grande richesse sur le rôle du désir, de la peur et de l’amour dans la vie des hommes, des dieux et des héros.

Yoann BERJAUD
Première parution : 29/6/2009
dans Fantastinet
Mise en ligne le : 1/7/2009

Mon interview dans “Fantastinet” par Yoann Berjaud

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Voici le lien pour lire l’interview en ligne:

http://www.fantastinet.com/interview.php?id=182

edouard-n-b.jpg Photo Bertrand Robion
Yoann : Bonjour, Édouard Brasey, vous êtes écrivain, directeur de collection pour les éditions le Pré-aux-Clercs, elficologue, conteur, grand voyageur, toutes ces vocations se rejoignent-t-elles ? Avez-vous à l’avenir l’envie de mettre l’accent sur une de vos facettes en particulier ?

Édouard : Il est vrai que j’ai de nombreuses activités. En réalité cela m’évoque un conte soufi raconté dans un roman de Henri Gougaud : c’est l’homme dont la vie était inexplicable. J’aime bien cette notion là. J’ai l’impression de suivre mes désirs, mes inclinations, je n’ai aucun plan de carrière. J’ai fait vraiment de nombreuses choses dans ma vie, très différentes, très diverses, même en dehors des activités que vous avez citées. Pourtant, je n’ai pas l’impression de m’être dispersé, j’ai le sentiment qu’il existe un sens derrière tout cela, un fil directeur caché. Ce n’est pas à moi de déterminer ce que je dois faire. Au fur et à mesure, je me laisse porter par l’inspiration du moment ou l’opportunité du moment : quand j’ai envie d’écrire, j’écris, quand j’ai envie de conter, je conte. Mais toujours à travers une quête du sens qui m’est propre. Pour moi tout cela est relié. Ce que je ferai dans cinq ou dix ans je l’ignore ! Puisqu’il y a cinq ou dix ans, je n’imaginais pas que je ferai toutes les activités qui sont mon quotidien aujourd’hui. Et je pense que nous sommes tous un peu pareils : on nous met dans des petites boîtes avec des étiquettes par ce que cela rassure. Mais en réalité l’existence est inexplicable. De mon point de vue, le destin d’une vie est d’essayer d’accumuler le plus d’expériences possibles. J’admire des personnages comme Rabelais ou Pic de la Mirandole qui n’avaient pas un cercle d’activité restreint. Cela dit, la facette la plus importante à mes yeux, la plus ancienne aussi, c’est l’écriture, surtout l’écriture romanesque. Tout le reste, je dirais, gravite autour de ce centre. Alors, je peux m’écarter de l’écriture pendant plusieurs mois mais j’y reviens toujours, comme c’est le cas en ce moment. Je suis devenu conteur parce que j’écrivais des livres sur les Fées, à travers les contes je me suis intéressé à la sagesse orientale et j’ai été amené à voyager, notamment dans le désert blanc d’Egypte, tout ceci s’enchaîne de façon un peu mystérieuse. Cependant, ma vocation première demeure l’écriture romanesque.

Yoann : Vous vous êtes lancé dans une réécriture romanesque des légendes nordiques, en vous appuyant sur le travail de Richard Wagner et des écrits plus anciens. Cette trilogie intitulée La Malédiction de l’Anneau, publiée chez Belfond, est aujourd’hui au cœur de votre travail. Le tome 1 : Les Chants de la Walkyrie, Prix Merlin 2009, et le Tome 2 : Le Sommeil du Dragon, sont aujourd’hui disponibles. Vous préparez actuellement le troisième et dernier tome de la saga, Le Brasier des Dieux, qui paraîtra en avril 2010. J’ai décidé de vous poser des questions liées aux enjeux psychologiques ou philosophiques mis en scène dans votre saga très ambitieuse :

Yoann : La tentation est omniprésente dans votre cycle : chaque fois qu’un être se retrouve confronté à un choix qui pourrait le conduire à commettre un acte obscur, on voit Loki, le génie de la ruse, apparaître et suggérer des choses à son esprit. Ceci à tel point que l’on ne saurait dire si c’est le dieu corrupteur qui influence la décision du personnage ou si c’est le côté obscur du héros qui appelle la présence de Loki ? Quels sont les réels enjeux lorsqu’un personnage vit la tentation selon vous ?

Édouard : Loki est apparu en cours d’écriture. Je connaissais son existence bien sûr mais je ne l’avais pas utilisé comme personnage central. Au cours de la rédaction du premier tome, il m’est apparu qu’il était au fond le grand manipulateur de l’histoire, le grand tentateur justement. Pour moi, Loki, c’est l’équivalent de Satan sans l’enfer. Satan dans la Bible, c’est le manipulateur, le tentateur, l’accusateur. On appelle Loki l’accusateur des Ases. Loki est le dieu volatile semblable à mercure. Il met le grain de sable dans les rouages de la machine. Dans mes romans, Loki parle dans l’esprit des gens, il se confond avec la conscience obscure, ténébreuse, des personnages. Est-ce lui qui manipule les héros dans leur côté sombre ? Ou est-il l’émanation de leur propre inconscient ? L’intérêt de la mythologie et de la légende, c’est notamment de donner un visage à des mécanismes qui pour nous, occidentaux du 21ème siècle, demeurent du domaine du pur domaine psychologique. Il y a donc vraiment un mécanisme psychologique voire psychanalytique qui se retrouve incarné par un personnage. Pour prendre un équivalent religieux, les Pères du désert dans l’Eglise chrétienne parlaient des passions négatives incarnées par des démons : le démon de la gourmandise, le démon de la paresse, etc. Pour ces saints, ces démons avaient vraiment un visage, un nom. Le fait de les nommer, de les désigner, était déjà une façon de les apprivoiser, de les mettre à l’écart. Si je suis possédé par un démon, je suis moins coupable ! Il suffit de se débarrasser de ce démon et je suis pur. Si je me dis que je suis gourmand ou que je suis menteur, je me retrouve identifié au trait négatif. Dans le roman, Loki est un être extérieur qui manifeste le processus de tentation. Les héros ne savent plus trop si c’est eux ou si c’est Loki qui les fait agir. En même temps, s’il n’y avait pas Loki, il n’y aurait pas d’histoire car la malédiction originelle de la Saga est provoquée par les actions de ce dernier. Il joue véritablement le rôle de démiurge, plus encore qu’Odin.

Yoann : Le dieu Loki est tentateur, il peut prendre la forme d’un serpent, il est d’apparence androgyne, c’est le génie de la ruse mais aussi du feu. Peut-on établir un parallèle avec le diable de la tradition occidentale ?

Édouard : Loki est le diable au sens de celui qui divise, qui oppose, comme Satan. Le serpent associé au serpent de la Genèse est également l’animal qui mue, qui change de peau, donc qui est immortel. C’est également un symbole de sagesse (l’ouroboros). Le venin du serpent empoisonne et peut en même temps servir de remède. C’est vraiment un symbole ambigu, tout comme Loki est ambivalent. Dans le second tome, Loki intervient moins car Siegfried est un personnage suffisamment ambigu pour qu’il ait intériorisé en lui les tentations de Loki. C’est le cas aussi de Fafnir le Dragon qui par sa nature même possède ce côté double. Donc Loki est toujours présent dans le second tome comme mauvaise conscience d’Odin mais les autres personnages, devenant un peu plus complexes, intériorisent les tentations démoniaques. Cependant on sent bien que c’est toujours Loki qui tire les ficelles. Antérieur par sa naissance aux dieux Ases, Loki est un géant. Il a engendré des êtres monstrueux tels que le loup Fenrir et il participera lors du crépuscule des dieux à l’attaque finale d’Asgard.

Yoann : Le statut divin et le statut humain sont opposés dans votre cycle et pourtant ils sont en apparence très semblables. Qu’est-ce qui les différencie véritablement ? Qu’est ce qui les caractérise ?

Édouard : C’est vrai, j’ai essayé de rendre mes personnages divins le plus humains possibles. Ils sont caractérisés par leurs faiblesses davantage que par leurs forces : Odin est un dieu faillible, un dieu qui peut se renier, Frigg est une déesse jalouse. Donc les dieux ont des traits humains. Ce qui distingue les dieux des hommes c’est justement le fait que les hommes sont mortels mais qu’ils bénéficient d’une promesse d’immortalité dans l’au-delà. Alors que les dieux sont immortels mais ils sont condamnés à disparaître et lorsqu’ils disparaitront, ce sera pour toujours. L’immortalité promise aux hommes est liée à un passage, bien sûr, les héros qui entrent au Walhalla doivent le mériter par leur bravoure. Mais les hommes ont une possibilité de vie éternelle sur un autre plan alors que la mort des dieux est une sanction définitive. Une idée qui m’a été proposée récemment, c’est que le crépuscule des dieux traduirait en réalité un événement historique correspondant à la christianisation des tribus païennes. La fin d’un panthéon par la disparition de ses fidèles.

Yoann : Vous présentez parfois Asgard comme une réalité idéale, un sommet de la civilisation que les hommes n’ont pas encore atteint et devraient tenter d’atteindre. Elle est pourtant imparfaite est condamnée à disparaître comme les dieux ! Quels sont ses défauts ?

Édouard : C’est vrai que Asgard est présentée comme la cité idéale, comparable à la Jérusalem céleste, elle a été conçue par les dieux pour être vraiment le refuge parfait. Mais elle est promise à la destruction pour plusieurs raisons. La première, c’est qu’il y a eu un mensonge, une trahison à la base de sa construction. En effet, la construction d’Asgard a été confiée à un géant et le prix que ce dernier demandait en échange était la déesse Freya (la déesse des pommes d’immortalité), le Soleil et la Lune. Ces trois éléments étaient bien sûr indispensables à la survie des Ases. Mais les dieux, de façon très inconsidérée et sur les conseils de Loki (encore une fois), ont accepté ce marché de dupe. Ils pensaient que le géant ne pourrait pas construire la cité dans les temps imposés par leur marché. Quand ils se sont aperçus qu’il allait y arriver, ils ont demandé l’aide de Loki. Il s’est transformé en jument pour séduire le cheval tout puissant du géant et l’emmener folâtrer. Privé du soutien de son cheval magique, le géant n’a pas réussi à remporter le pari dans les délais impartis. Il s’est mis en colère et Thor lui a fracassé le crâne. Quoi qu’il en soit, il y a eu tromperie de la part des dieux, ils n’ont pas respecté leur serment, ils ont dû tricher, et du coup, tout est corrompu. Alors, bien sûr, c’est à cause de Loki, c’est à cause du tentateur. Mais lui n’a fait que les tenter, ce sont les dieux qui ont commis la faute. La seconde raison qui condamne Asgard, ce sont les prédictions des Nornes ( les trois voyantes nordiques qui connaissent le devenir du monde). Plus exactement, c’est une force invisible et toute puissante que l’on nomme le Destin qui a déterminé que les dieux allaient disparaître. Voilà donc les deux raisons qui lient Asgard à la destruction.

Yoann : Pourquoi le royaume des hommes serait-il amené à remplacer Asgard ?

Édouard : C’est la volonté d’Odin qui possède une lignée de descendants humains de voir Midgard, la Terre des Hommes, remplacer Asgard, le Royaume des Dieux Ases. C’est son espoir que les hommes puissent être capables de succéder aux dieux. Pourquoi ? Parce que du sang divin coule dans leurs veines, ils possèdent la lumière divine, mais ils n’ont pas commis de faute, ils ne sont pas coupables du crime des dieux. Les Ases ont touché à l’anneau maudit du Nibelungen, ce qui n’est pas le cas des hommes. Hélas, si cela advenait dans la suite de l’histoire, il n’est pas sûr que les hommes puissent faire mieux que les dieux et restaurer le royaume d’Asgard sur terre. C’est un des enjeux majeurs de la Saga…

Yoann : Brunehilde se fait Scalde le terme nordique pour désigner un barde, un rôle central dans cette civilisation. Pouvez-vous préciser leurs responsabilités et quelle est la raison de leur autorité ?

Édouard : Les Scaldes sont les conteurs, les bardes scandinaves, ils ont pour fonction de raconter les grandes sagas qui mettent en scène les dieux et les hommes. Ils vont de cours en cours pour narrer des histoires qui sont déjà connues du public auquel ils s’adressent, mais ces histoires ont besoin d’être racontées oralement pour vivre. Les mythologies et les contes doivent être incarnés par un Scalde pour ne pas disparaître. Par la parole, par le pouvoir du Verbe, les Scaldes redonnent un sens à ses histoires, ils en font revivre tous les enjeux. Ces histoires peuvent être contemporaines, peuvent se situer sur le plan des dieux ou bien se dérouler dans un lointain passé. Quand j’écris, je me mets à la place du Scalde, je retranscris par le roman le pouvoir de l’oralité, du Verbe. D’ailleurs, je me suis amusé à raconter ces histoires oralement à Epinal et à Paris également lors d’un thé conté. C’est le pouvoir du Verbe Créateur de donner la vie aux histoires. Dans la tradition nordique ou celtique, le Scalde, le Barde, possède un statut d’une certaine façon supérieur à celui du Roi. Ce sont des civilisations de l’oralité où les bardes sont les gardiens du savoir, de la connaissance. Le pouvoir du Verbe les situe au sommet de la pyramide sociale. Ce sont des sociétés qui sont organisées hiérarchiquement à l’inverse de la nôtre. Car aujourd’hui les bardes, les artistes, ne sont hélas rien de plus que des baladins que l’on écoute peu. Si nous suivions plus attentivement les conseils des bardes modernes, peut-être commetrions-nous moins d’erreurs ?

Yoann : Est-il possible de s’opposer au Destin que les nordiques appellent le Wyrd ? Quand Brunehilde y fait obstacle, elle perd son statut divin. Le crépuscule des dieux est en marche et pourtant Odin cherche à l’arrêter. Est-ce contre nature ? Est-ce la mission du héros de lutter contre la fatalité ?

Édouard : Le Destin est souvent présent dans les mythologies, il y a une dimension tragique dans la mythologie et en particulier dans les légendes nordiques où le Destin est plus fort que tout, plus fort que les dieux qui en réalité ne sont que des démiurges. A la fois rien ne peut contrecarrer le Destin, et en même temps le Destin est mystérieux, il n’est pas incarné, donc on peut tenter de le contrarier. D’ailleurs on ne sait pas comment va réagir le Destin, il n’est pas forcément fixé, il peut évoluer. En l’occurrence, c’est ce que fait Odin. Malgré sa sagesse (il est le dieu de la poésie), sa connaissance des Runes, malgré sa grande intelligence, il commet la folie de contrarier le Destin. Il faut noter cependant que le Destin l’ayant condamné à disparaître, il n’a pas vraiment d’autre choix que de tenter de renverser le cours des choses. C’est donc bien la mission du héros de tenter de contrarier le Destin. La preuve en est que par deux fois, Odin interroge la voyante (La Volä) pour savoir si le Destin n’a pas changé d’avis suite à ses actions. Le Destin n’a pas changé d’avis, pourtant c’était envisageable. C’est peut-être le rôle de Siegfried, le héros humain, de réussir à infléchir le Destin, là où le dieu a échoué ? Le Destin est une force extrêmement mystérieuse, il est encore plus mystérieux que Loki qui possède une apparence palpable. Dans la mythologie toute chose a un visage, le Destin, lui, demeure une puissance inconnaissable, l’équivalent de notre dieu transcendant.

Yoann : La quête de la liberté est au cœur de votre ouvrage. Croyez-vous que les dieux et les humains possèdent le libre arbitre ? Existe-t-il une liberté absolue ? Quel est le point de vue des mythologies nordiques à ce sujet ?

Édouard : Alors justement, les dieux n’ont pas accès à la liberté telle que nous la définissons, ils possèdent la puissance, mais ils ne sont pas du tout libres. Tous les actes qu’ils commettent de façon apparemment libre induisent des responsabilités qui du coup pèsent sur eux. Chaque acte donne lieu à un accord, un serment, un engagement. Chaque fois qu’Odin agit, il y a des conséquences et ces conséquences l’enchaînent. Et pourtant il s’oppose aux conséquences de ses propres actes. Et c’est en ce sens qu’il est vaincu. Bien sûr, il est condamné par les prédictions des Nornes. Mais en plus, de par son comportement il se met en contradiction avec lui-même : Odin tente de contrarier les engagements qu’il a pris alors que c’est impossible. L’être humain quant à lui possède le libre arbitre. Les hommes dans la tradition nordique n’ont pas commis de faute originelle, ce sont les dieux qui l’ont commise. Les humains sont donc exempt de tout péché originel. Cependant la malédiction de l’anneau peut les toucher plus tard…

Yoann : Pourriez-vous expliquer pourquoi c’est un anneau qui se trouve à l’origine de la malédiction qui pèse sur les Neufs Mondes ? Quelle est finalement la symbolique de l’anneau ?

Édouard : L’anneau dans cette saga est un anneau de pouvoir, mais l’anneau c’est également l’alliance, le cycle. Et c’est vrai que cette aventure est un cycle. Il y a d’ailleurs souvent des anneaux dans l’histoire, ne serait-ce que l’anneau de feu qui encercle Brunhelide. L’anneau au départ pourrait symboliser l’alliance nuptiale, l’alliance de paix, mais comme il a été volé par la force et maudit par son possesseur, il va symboliser l’inverse de l’alliance pacifique, il va être un anneau d’enchaînement à des valeurs malsaines : la soif de l’or ( l’or recherché pour lui-même et non pas pour des valeurs symboliques), l’avidité qui rend aveugle et fou. Il s’agit donc d’une alliance avec les ténèbres. Même ceux qui sont mis au courant de l’existence de la malédiction : Regin et Fafnir, vont tomber sous le pouvoir de l’anneau et le convoiter. Il symbolise donc l’inverse de la liberté. Mais en réalité ce n’est pas de la faute de l’anneau, tout provient de la malédiction, de la mauvaise parole qui a été portée sur lui. En réalité, l’anneau pourrait éventuellement redevenir l’anneau de l’alliance avec la lumière. Peut-être est-ce son destin ?

Yoann : Dans vos romans, la figure d’Odin, roi des dieux, est très ambiguë. D’après-vous, est-ce un dieu de lumière ou d’ombre ?

Édouard : Odin, c’est vraiment la lumière et l’ombre. Il est le dieu suprême d’Asgard. En restant suspendu neuf jours et neuf nuits aux branches du frêne Yggdrasil, il a découvert les runes sacrées. Il est à l’origine de la poésie. Il a donné son œil pour boire à la source de la connaissance. Et pourtant, il a toujours à ses côtés Loki qui le pousse sans cesse à commettre des actes inconsidérés, négatifs. Il est partagé, écartelé. Ses descendants humains Sigmund et Siegfried portent cette marque là. Ils sont partagés entre la recherche de l’accession vers le sublime, la générosité, le courage, et en même temps l’attraction vers les forces ténébreuses, symbolisées par les loups. Sigmund devient un homme loup, et son fils Siegfried est éduqué par les loups et devient un personnage extrêmement ambigu.

Yoann : La violence est omniprésente dans la mythologie nordique. La création de Midgard est le fruit du meurtre cosmique du géant Ymir dont le corps démembré a servi de matière première à la fabrication du monde des hommes. A votre avis quelles sont les raisons profondes de cette violence ?

Édouard : Il est vrai que le monde est créé par la violence dans la mythologie nordique. Le corps du géant Ymir est utilisé pour fabriquer le monde. La terre des hommes est le produit d’un crime originel, un crime violent, un crime de sang. D’ailleurs un monde né dans le crime ne peut finir que dans la violence. En même temps, il s’agit d’une violence créatrice, c’est une violence née du chaos originel. Dans les légendes, la création se fait en général dans la violence. Dans toutes les mythologies, il y a toujours un chaos fondateur, suivi d’un jaillissement. La création implique une division, une séparation. Dans la mythologie nordique le message est très clair : le monde est né d’un acte de violence. Par ailleurs, aussi bien Loki représente Satan sans l’enfer, aussi bien nous sommes en présence d’un monde sans sauveur. L’espoir a été placé dans les rois, puis Sigmund et Siegfried, mais aucun d’entre eux ne semble à la hauteur du rôle de ce rôle de sauveur. D’ailleurs, Siegfried est un héros ambigu qui a porté l’anneau maudit. On attend donc encore un rédempteur dans ce monde…

Yoann : Dans Le Sommeil du Dragon, le valeureux Siegfried ne semble pas connaître la peur. Est-ce finalement une qualité ou un défaut ? Vous mettez en évidence le lien qui existe entre aimer un être et la peur de le perdre. D’après vous, peut-on aimer sans connaître la peur ? Ces deux qualités sont-elles indissociables ? Eprouver de la peur fait-il partie de l’initiation du héros ?

Édouard : C’est ce que dit Regin à Siegfried : « Ta principale faiblesse c’est que tu ne connais pas la peur, donc tu ne peux pas connaître l’amour ». C’est vrai que dans la notion d’amour, si on n’a pas peur de perdre l’être aimé, on n’aime pas vraiment. L’être qui ne connaît absolument pas la peur, comme c’est le cas de Siegfried, n’est pas capable d’aimer, donc il n’est pas si fort que cela. Le véritable héros accompli découvre sa propre peur, il sublime sa peur dans l’amour de l’autre. L’amour implique une crainte, une crainte comparable à la crainte de Dieu, une crainte qui impose le respect, une crainte qui nous émeut. Siegfried n’est pas confronté à des dieux qui lui imposent le respect. Il se moque d’Odin, de Fafnir. La voie de la force ne l’a jamais impressionné. C’est quand il rencontre Brunehilde qu’il ressent enfin une crainte et un respect. Brunehilde est son double féminin, son anima, c’est une femme dont il sent le potentiel divin, elle a une aura qui le subjugue. Il sent qu’il va pouvoir s’oublier en elle. Il éprouve enfin la peur de la perdre, ce qui fait de lui un être humain à part entière. Par la suite, il va trahir ses engagements avec elle, c’est la malédiction de l’anneau qui reprend ses droits, la fatalité est implacable. Pourtant, il y avait là une réelle chance que Siegfried devienne un vrai héros accompli. L’amour est plus fort que la peur mais la peur est nécessaire pour découvrir l’amour. Néanmoins la peur n’est pas suffisante. Pour être dans l’amour absolu il faut avoir du courage. L’amour réunit deux forces contraires, antinomiques : la peur et le courage. Il faut du courage pour dépasser sa peur et s’oublier dans l’autre. S’oublier dans l’autre c’est devenir plus grand que soi, c’est là où on rejoint l’amour divin, c’est une sublimation. Les Pères de l’Eglise disaient que l’homme est un animal destiné à devenir Dieu. L’homme est à la fois un animal et un dieu en devenir.

Dans Le Sommeil du Dragon, Fafnir a le pouvoir de rêver l’univers et il voit ainsi son futur. Est-ce une idée de la mythologie nordique ou une idée personnelle ? Est-ce que vous pensez que la réalité est quelque part le rêve d’un grand dragon ?

Édouard : Je dis souvent que nous sommes peut-être les rêves des anciens dragons ou des anciens dieux disparus. Ils ont disparu mais ils nous rêvent. Cet aspect du roman est un ajout personnel. Dans la mythologie, le dragon est l’ennemi qu’il faut vaincre mais c’est aussi symboliquement le dragon alchimique, le gardien du seuil. D’ailleurs dans certains textes des légendes nordiques, le dragon agonisant s’adresse à Sigurd et lui révèle certaines choses. J’ai poussé le concept plus loin, Fafnir est pour moi le vieux sage, le rêveur de réalité. Dès le départ, j’ai trouvé intéressante l’idée de choisir un narrateur qui dit dès la première page: « Je vais mourir ». Ainsi le lecteur se demande comment l’histoire va pouvoir se continuer sans lui. D’ailleurs, le dragon Fafnir appelle à lui son prédateur, son meurtrier. Dans ce cas, qui est le vainqueur ? Je suggère dans mon livre que le réel gagnant c’est Fafnir, car Siegfried se baigne dans le sang du dragon et acquiert une peau de corne. Il y a donc une sorte de fusion avec le dragon. Dés sa naissance le héros ressemblait d’ailleurs à un dragon. C’était peut-être le destin du dragon de devenir homme et le destin de Siegfried de devenir dragon ? Et les dragons sont antérieurs aux dieux, ce sont des anciens dieux… Quelle sera la conséquence de cette fusion avec le dragon ? Mystère…

Yoann : Amoureux des voyages et Conteur de Légendes sur scène, comment ces deux facettes de votre personnalité ont-elles influencé votre création romanesque ?

Édouard : Pour moi les histoires existent toutes déjà et elles ont besoin d’être racontées par des conteurs, des artistes. Quand je suis sur scène, je me laisse posséder par le conte, il me dicte des éléments que je n’avais pas forcément prévus. Quand j’ai voyagé, notamment en Crète, j’ai été amené à découvrir des histoires qu’il me fallait impérativement raconter par écrit. Sur scène, le public a une présence active, il se crée une connivence subtile et puissante entre le conteur et son auditoire. Le processus d’écriture est très différent, les phrases sont beaucoup plus réfléchies, méditées, mais il m’arrive de me laisser prendre par l’esprit du conte dans ma création romanesque et d’y ajouter des éléments incantatoires typiques de l’oralité.

Yoann : Quel lien faites-vous entre votre travail sur l’univers des Fées, de la Faerie et des Vampires et votre cycle sur la mythologie nordique ?

Édouard : le lien n’est pas direct mais nous sommes tout de même dans le domaine du merveilleux avec notamment la présence de créatures surnaturelles. Je m’étais fixé comme objectif, quand j’ai commencé mes livres sur la féerie, il y a une quinzaine d’années, de devenir un passeur de légendes, d’écrire des livres pour transmettre ce bagage culturel et revenir plus tard à l’écriture romanesque nourri de ce savoir légendaire. Je continuerai à écrire des livres de référence dans le domaine de la féerie mais j’ai de nombreux projets de romans liés à des grands archétypes (pas forcément mythologiques) que je revisiterai à ma façon pour leur donner un sens différent.

Yoann : Édouard quel sera le mot de la fin ?

Édouard : Je citerai Nietzsche en disant que : la fin est un éternel retour. Toutes les histoires ont été racontées. Toutes les vies ont été vécues. Tout a déjà été pensé et souffert. Mais tout cela revient et chaque fois c’est différent. L’important c’est d’avoir conscience qu’à chaque époque on revit les grandes légendes, les grandes histoires. Mais la façon de raconter ces histoires peut être nouvelle : notre responsabilité est dans le style, le ton que nous employons pour narrer les choses. Il faut être conscient de l’éternel retour des choses et de leur perpétuel renouvellement. Il nous faut avoir de l’humilité devant ces histoires ancestrales que nous revisitons, si possible avec panache !

Mon passage à la Fnac de Nancy vendredi 26 juin à 16 h

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Vendredi 26 juin à 16 h, je me prêterai à une rencontre-dédicace à la Fnac de Nancy, 2 avenue Foch, pour parler des deux tomes de ma saga romanesque, “La Malédiction de l’Anneau”, dont lee tome 1, “Les Chants de la Walkyrie”, vient de recevoir le Prix Merlin 2009.

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Mon interview sur “Plume rouge”

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Voici mon interview sur le site de Plume Rouge:

http://www.plume-rouge.fr/includes/sommaire.php

Edouard Brasey est un grand explorateur des mondes imaginaires et des lieux de légendes. Il est aussi un homme de partage : il distille son savoir à travers des oeuvres d’anthologie devenues incontournables pour les amateurs de fantasy. Il milite activement pour le développement du genre et exerce ses talents de conteur sur toute la France et au-delà.

Samedi dernier, le premier tome de la saga La Malédiction de l’Anneau: Les chants de la Walkyrie a très justement remporté le prix Merlin (le seul en France consacré aux auteurs de fantasy pour lequel chacun peut être juge). A cette occasion, monsieur Brasey a généreusement accepté de répondre à mon petit interview, et j’espère que ce dernier vous inspirera pour vos créations :)

Plume Rouge : Tout d’abord, pourquoi avoir choisi de côtoyer les genres imaginaires?

E.Brasey : L’intérêt de l’Imaginaire est qu’il ne se limite pas au “sensible”, ce que l’on nomme bien improprement le “réel”. L’Imaginaire englobe notre réalité quotidienne, mais il y mèle nos rêves, nos cauchemars, et les personnages issus de l’inconscient collectif du monde des symboles. Il s’agit donc d’un genre d’une richesse infinie…

PR : Quel a été le processus de création de votre saga La Malédiction de l’Anneau ?

E.Brasey : Je connaissais depuis plusieurs années les textes mythologiques germaniques et scandinaves relatifs à la légende des Nibelungen. Cette légende a inspiré notamment Richard Wagner dans son cycle d’opéras, L’Anneau du Niebelung, ainsi que partiellement Tolkien pour Le Seigneur des Anneaux, mais à ma connaissance il n’y avait pas d’adaptation romanesque de cette légende si riche et pourtant méconnue. Après avoir longtemps attendu qu’un auteur s’en saisisse, je me suis résolus à m’y engager… Les auteurs écrivent souvent les livres qu’ils aimeraient lire, mais qui n’ont pas encore été écrits! C’est mon cas!

PR : Quels auteurs vous ont inspiré (ou tout simplement plu!)?

E.Brasey : Ils sont nombreux! Dans les classiques, Lord Dunsany, Anatole France, Charles Nodier, Barbey d’Aurevilly, Edgar Poe, Bram Stoker… Un petit faible pour la littérature romantique décadente et les dandies de la fin du XIXe siècle…

PR : Un mot, un conseil à offrir à des écrivains en herbe?

E.Brasey : Il faut beaucoup lire avant de se mettre à écrire, se nourrir de l’imaginaire des autres avant de découvrir le sien propre. Être patient et entreprenant. Très patient… L’écriture prend des années à s’affiner… Je conseille actuellement un auteur qui a mis dix ans avant de cerner véritablement son style et son sujet.

PR : Qu’en est-il de vos projets futurs? avez-vous d’autres ouvrage d’anthologie en préparation (comme la superbe et maintenant incontournable encyclopédie du merveilleux?)

.

E.Brasey : La Petite Encyclopédie du Merveilleux (Le Pré aux Clercs) est devenu un livre de référence, c’est vrai. Je m’en réjouis d’autant plus qu’il s’agit d’un travail collectif, où l’éditeur et les illustrateurs (dont Sandrine Gestin) ont eu une grande part. Je publierai chez le même éditeur, à l’automne, un Agenda du merveilleux, illustré par Sandrine Gestin, et une Encyclopédie des Héros, consacrée à Arthur, Lancelot, Merlin, etc… Ce sera un très bel ouvrage illustré non seulement par Sandrine, mais aussi par Didier Graffet et Alain-Marc Friez… Et puis, en avril 2010, le dernier tome de ma trilogie romanesque La Malédiction de l’Anneau chez Belfond!

Beau programme! Merci encore Edouard Brasey pour le temps que vous m’avez consacré.
Pour les Plumes Rouges, un conseil : jetez-vous sur les guides d’Edouard Brasey, ce sont de petits bijoux. Et dès que le coeur vous en dit, posez un pied (et évadez vous!) du côté des mythologies nordiques en découvrant le premier puis le second tome de sa saga (respectivement: Le chant de la Walkyrie et Le Sommeil du dragon).

Dans cette article, nous avons parlé de:
La Petite Encyclopédie du Merveilleux, éditions Le Pré aux Clercs, 29 euros
La Malédiction de l’Anneau T.1: Les Chants de la Walkyrie, édition Belfond, 20 euros
La Malédiction de l’Anneau T.2 : Le Sommeil du Dragon, édition Belfond, 20 euros

L’oeuvre d’Edouard Brasey est très étendue, n’hésitez pas à chercher les mondes qui vous plaisent!

Par Mouna, mar 23 juin 2009 à 22:31:38

“Les Chants de la Walkyrie” ont reçu le Prix Merlin 2009. Edouard Brasey sur France Info

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Ca ye est, les résultats sont tombés samedi 20 juin à 17 h, en même temps que l’été: Les Chants de la Walkyrie, premier tome de La Malédiction de l’Anneau (Belfond) viennent d’être récompensés par le Prix Merlin 2009, décerné par les internautes pour le meilleur roman de Fantasy française de l’année écoulée.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul, je suis interviewé aujourd’hui sur France Info par Philippe Vallet dans “Le Livre du jour”. Suivez le lien pour l’écouter:

http://www.franceinfo.fr/spip.php?article308539&theme=81&sous_theme=176

le-chant-de-la-walkyrie-couv.jpg sommeil-du-dragon-couv.jpg

UN NOUVEL ARTICLE SUR “LES CHANTS DE LA WALKYRIE”

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Le site atemporel.com fait écho de façon élogieuse de ma série “LaMalédiction de l’anneau”, et notamment du premier tome, “Les Chants de la Walkyrie”.

Suivez ce lien:

http://www.atemporel.com/index.php?2009/06/16/434-malediction-anneau-chants-walkyrie

le-chant-de-la-walkyrie-couv.jpg Alors que sortait il y a quelques jours le second tome de la tétralogie d’Edouard Brasey La Malédiction de l’Anneau, l’éditeur a eu la bonne idée de nous faire parvenir le tome 1 : les Chants de la Walkyrie.

Une bonne idée car d’une part il va nous être plus facile de vous présenter cette série depuis le début et d’autre part parce que la lecture du premier tome était un vrai régal !

Qui de ma lance craint la pointe, n’aborde ce feu jamais.

Présentation de l’éditeur

Le roi des Nibelungen a maudit l’anneau magique qui lui a été arraché par ruse. Cette malédiction va entraîner la chute inéluctable des dieux glorieux de l’Asgard. Odin, le dieu suprême, a engendré sur terre une lignée humaine à laquelle il s’est attaché : les puissants rois du Frankenland. Épargnés par la malédiction du Nibelung, ils sont les seuls à pouvoir perpétuer l’étincelle divine qui sommeille au cœur des hommes. Mais Frigg, la déesse des liens du mariage, frappe la reine du Frankenland de stérilité.

Odin ne peut se résoudre à voir condamner sa descendance humaine. Pour contrecarrer les arrêts de Frigg, il suffirait de faire goûter à la reine stérile l’une de ces pommes d’éternelle jeunesse qui poussent dans le verger de Freya, et dont se nourrissent chaque jour les dieux de l’Asgard.

Qui va se charger d’apporter le fruit sur la terre des hommes ? La Walkyrie Brunehilde, la fille préférée d’Odin, celle qui survole les champs de bataille pour choisir les guerriers valeureux et les conduire au Walhalla, la halle des occis, va accomplir cette mission délicate. Mais elle devra abandonner son statut de déesse et de vierge guerrière pour vivre la vie de simple mortelle (…).

Notre avis

Le second tome de la Malédiction de l’Anneau tombe à point nommé pour mettre en valeur le premier tome, mais aussi les deux autres à paraître (mars et octobre 2010).

C’est en effet cet été que sort le second tome de la BD Siegfried d’Alex Alice, La Walkyrie (Dargaud). Mais à dire vrai, rappeler uniquement l’existence du premier tome, Les Chants de la Walkyrie, sera suffisant pour créer une dynamique autour de l’oeuvre, si cela était nécessaire.

Edourad BraseyUne belle couverture de Didier Graffet, une belle présentation de la tétralogie sur le site de l’éditeur, une approche originale sur le site officiel de l’auteur, Edouard Brasey, tout cela donne envie de tourner les pages.

Et la légende agit, à nouveau ! L’on pensait les légendes germaniques vues et revues, visitées et revisitées au point de ne plus surprendre, et Alex Alice nous avait déjà supris.

Avec Edouard Brasey, et sa Malédiction de l’Anneau, même -bonne- surprise. C’est bien écrit, fluide et entraînant. Un rythme très plaisant pour une histoire bien présentée : glossaire, carte, arbres généalogiques et notes achèvent l’envoûtement.

Dès lors et encore une fois, force est de constater que de nombreuses oeuvres modernes s’inspirent de ces légendes. Les fans de JRR Tolkien y trouveront leur compte, d’autres lecteurs pourraient, comme nous, être surpris de cette relecture de légendes de plus de sept siècles. Notre chronique du second tome, Le sommeil du dragon , devrait suivre bientot.

La Malédiction de l’Anneau, tome 1 - Les chants de la Walkyrie
Edouard Brasey

ISBN 978-2-7144-4434-9
Illustration de couverture : Didier Graffet
Illustration de la couverture intérieure : La Walkyrie Brünnhilde, Arthur Rackham

Liens utiles

- Le site officiel d’Edouard Brasey
- La présentation de la Malédiction sur le site de l’éditeur, Belfond

Mon interview dans “Les Chroniques de l’Imaginaire”

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Voici le texte de l’interview en ligne sur le site des “Chroniques de l’Imaginaire”:

http://climaginaire.joueb.com/news/brasey-edouard-2

edouard-brasey-portrait-3.JPG

Interview d’Edouard Brasey recueillie par Naolou.

Naolou : Bonjour Edouard Brasey ! Merci de vous prêter au jeu de l’interview pour les Chroniques de l’Imaginaire. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Edouard Brasey : Je suis écrivain, passionné depuis toujours par les univers du merveilleux et de l’imaginaire. A ce titre, j’ai publié une cinquantaine d’ouvrages dont certains, comme La petite encyclopédie du merveilleux (Le Pré aux Clers) sont considérés comme des références dans ce domaine. Je suis également romancier (La Malédiction de l’anneau, saga de Fantasy mythologique chez Belfond), conteur et directeur de collection au Pré aux Clercs dans les domaines de la Fantasy.

N : Comment en êtes-vous venu à acquérir une telle érudition concernant les mythes, la féerie, l’imaginaire ? Est-ce un sujet qui vous a toujours passionné ?

EB : Cette passion remonte à l’enfance, en effet. Mais plus tard je me suis intéressé au “réel”, lors d’une première carrière en tant que journaliste d’investigation, avant de revenir à l’invisible et à l’imaginaire, mais en traitant de ces sujets souvent méprisés avec le même sérieux que les sujets réputés plus sérieux. Quant à l’érudition dont vous parlez… il s’agit avant tout d’années de recherches, de lectures, de documentation…

N : Comment se traduit cette passion au quotidien ?

EB : Dans le travail, tout simplement ! J’écris, je lis, j’évolue dans ce monde de façon naturelle… Mon bureau est d’ailleurs envahi de livres, mais aussi de reproductions de fées ou de lutins. Je suis plongé dans la Féerie en permanence, ce qui ne m’empêche pas de m’intéresser au monde extérieur, mais en lui portant un regard plus détaché, plus ouvert peut-être…

N : Vous souvenez-vous de votre première expérience avec le fantastique ?

EB : Des lectures de romans de SF lorsque j’étais ado, sans doute. Philip K. Dick a été une grande révélation, avec ses univers schizophrènes dans lesquels on a du mal à distinguer ce qui est vraiment et ce qui fait semblant d’exister. Les simulacres, les uchronies… C’est de cette époque que j’ai la conviction que le réel, ou ce que nous nommons comme tel, concret et limité, n’est qu’un aspect de l’imaginaire, illimité.

N : Votre production littéraire est abondante. D’où vous viennent ces sujets de livres sans cesse renouvelés ? Avez-vous l’impression d’avoir encore beaucoup à écrire ?

EB : Il y a plusieurs aspects. D’une part, je suis revenu en effet sur des sujets que j’avais déjà abordés voici quelques années, notamment l’univers de Féerie et du Petit Peuple, mais d’une façon différente. Mon éditeur actuel, le Pré aux Clercs, m’a en effet donné l’occasion de publier des “Encyclopédies” illustrées, qui m’ont permis de donner une forme définitive à des thèmes que j’avais jadis évoqués par le seul texte. Ensuite, il se trouve que je m’intéresse désormais à des traitements plus “fictionnels” de ces légendes, à travers d’une part des traités apocryphes, grimoires secrets que je publie après les avoir adaptés, d’autre part par le biais du roman, qui permet de développer des récits de façon plus libre. Dans l’avenir, je pense me consacrer d’avantage à la fiction que par le passé. Et j’ai de nombreux sujets en tête !

N : Auteur prolifique, êtes-vous également ce qu’on appelle un “gros lecteur” ?

EB : Pas autant que je le voudrais. Je lis “utile”, pour ma documentation. Je lis aussi, parfois avec retard, les manuscrits que les auteurs me soumettent. Mais je m’accorde de temps à autres des lectures “plaisir”, qui me permettent de me ressourcer. Je change alors de genre : je relis des classiques du dix-neuvième siècle ou des thrillers policiers.

N : Quels écrivains vous inspirent ?

EB : J’ai été inspiré jadis par plusieurs écrivains : Stendhal, Jean Giono, Anatole France, Anthony Burgess, Jean Raspail, Jean Ray, Simenon, Boris Vian. Mais je n’ai plus le temps de les (re)lire, hélas…

N : Quel(s) livre(s) lisez-vous en ce moment ?

EB : Des manuscrits d’auteurs que je vais publier bientôt. Notamment Claire Panier-Alix et sa grande saga des Chroniques insulaires.

N : Quel est votre dernier coup de coeur en matière de livre ?

EB : Fabrice Anfosso, Le chemin des fées, chez Nestiveqnen. C’est un jeune auteur très prometteur.

N : Pouvez-vous nous en dire plus sur vos fonctions au sein du Pré aux Clercs ?

EB : En tant que directeur de collection, je rencontre des auteurs, je lis des manuscrits - parfois au bout de plusieurs mois, car je n’ai pas assez de temps - et lorsque le ton me plaît, et après avoir éventuellement conseillé l’auteur sur des corrections qui me semblent nécessaires, je soumets les textes à mon éditeur. Si ce dernier aime aussi le texte, nous rencontrons l’auteur et, lorsque tout va bien, l’auteur est publié. Mais nous ne publions que quatre à cinq nouveautés par an, alors que je reçois des dizaines de manuscrits !

N : Vous présentez vos deux dernières parutions (Traité de Vampirologie et Traité de Faërie) comme étant écrites de la main de personnages éminents de l’imaginaire (Van Helsing et Ismaël Mérindol). A-t-il été agréable de leur prêter votre plume ?

EB : Oui, cela m’a permis de jouir d’une grande liberté à travers une contrainte de départ. C’est très agréable de “s’oublier” en prenant l’identité d’un personnage de fiction et d’écrire à sa place… Cela se rapproche d’ailleurs du travail du romancier…

N : D’autres ouvrages de ce genre sont-ils en préparation ?

EB : Deux autres traités verront le jour au printemps 2010, mais il s’agira de grimoires classiques dont je suis en train de rechercher les textes…

N : Le sommeil du dragon, second tome de votre série consacrée aux mythes nordiques, est paru chez Belfond le 7 mai 2009. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette tétralogie ? Qu’est-ce qui a motivé son écriture ?

EB : J’ai découvert les mythologies nordiques et germaniques voici 35 ans, grâce à Richard Wagner et son Ring de Nibelung. A la même époque, j’ai lu Le Seigneur des anneaux de Tolkien. Plus tard, j’ai découvert que ces deux créateurs s’étaient largement inspirés des Eddas nordiques, et des légendes remontant au treizième siècle. Je suis remonté aux sources de ces légendes et les ai romancées à ma façon, mais en demeurant fidèle à l’esprit d’origine. J’ai accompli dans une certaine mesure le travail que faisaient jadis les scaldes, les conteurs nordiques.

N : On note un changement radical de graphisme pour la couverture de ce second tome. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? Pourquoi vous êtes-vous adressé à Didier Graffet ?

EB : Je connais Didier depuis plusieurs années, et il collabore à mes livres illustrés au Pré aux Clercs. La couverture du premier tome, Les Chants de la Walkyrie, était illustrée par Arthur Rackham, illustrateur du début du vingtième siècle que j’adore mais qui utilisait des tons pastels qui aujourd’hui paraissent un peu fanés, désuets. J’ai demandé à Didier de concevoir des couvertures plus actuelles, avec des codes couleurs très affirmés : fauve pour Les chants de la Walkyrie, vert pour Le sommeil du dragon. J’ai souhaité aussi que le titre de la série, La malédiction de l’anneau, soit mis en valeur, avec en rappel l’anneau maudit sur la couverture de chaque tome. C’est un travail de couverture et de présentation qui aurait dû être fait avant le premier tome, mais mieux vaut tard que jamais…

N : Merci de nous avoir consacré un peu de temps pour cette interview. Je vous laisse le mot de la fin ?

EB : Je travaille actuellement sur la fin de La malédiction de l’anneau, qui paraîtra en 2010. Fin 2009 verra aussi la sortie de mon Encyclopédie des héros ainsi qu’un Agenda du merveilleux au Pré aux Clercs (avec Sandrine Gestin et Didier Graffet pour le premier). Je vais également “parrainer” la sortie de jeunes auteurs fin 2009. Et j’ai ensuite d’autres projets, notamment romanesques. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler plus tard ! Merci en tout cas pour vos questions et votre accueil…

Jean-Pierre Dionnet parle du “Traité de Faërie” dans son blog…

L'écume des jours ... Pas de commentaires »

Je vous invite à lire le blog de Jean-Pierre Dionnet, qui évoque avec son enthousiasme habituel le “Traité de Faërie” d’Ismaël Mérindol.

Suivez le lien:  http://www.humano.com/blog/l-ange-du-bizarre/year/2009/month/06/1

traité de Faerie Suivi d’autres recueils fameux de Féérie et d’Elficologie de Ismaël Mérindol
5 juin 2009 par “Jean-Pierre Dionnet

Présenté et adapté par Edouard Brasey
aux éditions Le Pré aux Clercs.

Ce livre fait partie de la série de livres épatants de Edouard Brasey que j’ai lus mais, phénomène nouveau, que mes filles de onze ans (une paire de jumelles) relisent tout le temps, que ce soit « l’Encyclopédie du Légendaire », « l’Encyclopédie des Elfes » ou surtout, car elles sont très « Charmed », le « Traité de Vampirologie » où j’ai juste regretté l’absence des vampires turcs, dont j’oublie le nom, qui se promènent en talons aiguilles et qui étaient évoqués dans un autre livre de vampirologie il y a bien longtemps.

Dans la préface épatante, Edouard Brasey dit comment il est devenu elficologue, rappelant que c’est la science des elfes et du petit peuple : comme Pierre Dubois et d’autres il est tombé dans la marmite. Il cite abondamment ses sources en signalant qu’entre autre dans ses ouvrages « l’Encyclopédie du Merveilleux », « Le guide du chasseur de fées » et « Le guide du chasseur de fantômes », il avait emprunté nombres de citations à Maître Mérindol, l’auteur du « Traité de Faërie » qu’il reproduit ensuite intégralement, illustré de très jolies images venues d’un peu partout, de toutes les époques.
Il y a aussi des textes comme « Le Comte de Gabalis ou entretiens sur les sciences secrètes de l’abbé Montfaucon de Villars », « La République mystérieuse des elfes, faunes, fées et autres semblables de Robert Kirk », « Le Sylphe amoureux, Anonyme ».

Je regrette juste que certaines images ne soient pas attribuées à leur auteur (il y a quelques illustrateurs formidables, que je ne connaissais pas), dont une signée d’un mystérieux David H. sur lequel je vais essayer d’en savoir davantage et une autre qui me fait penser aux frères Doyle, soit à Charles Altamont, soit à Richard, soit même à James E., le plus mystérieux et celui sur lequel on sait le moins de choses.

J’espère qu’il sera réédité en citant les sources précisément de cette image, cela serait bien utile.

En attendant, comme je vois qu’il a participé à ladite iconographie, je demanderais quelques éclaircissements à Jean-Michel Nicollet.

traite-de-faerie.jpg

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